Tout ou presque a été dit sur Breguet, mais tout n’a pas été montré. L’œuvre de son fondateur, Abraham-Louis Breguet, recèle encore de nombreuses surprises que l’on découvre toujours au XXIe siècle. L’artisan de ce travail de (re)découverte n’est autre qu’Emmanuel Breguet, descendant direct du grand homme, responsable de son patrimoine auprès de la marque. Et sa dernière partition horlogère se joue actuellement à San Francisco, au fil d’une exceptionnelle rétrospective thématique.

De L’Abbaye à la Silicon Valley
Emmanuel Breguet, curateur de l’exposition, mesure l’ampleur de la tâche : « il nous a fallu un an de planification pour venir ici, au Legion of Honor Museum de San Francisco, puis une autre année d’organisation, pour rassembler 77 pièces. L’immense majorité provient de notre patrimoine, mais pas toutes », raconte-t-il.

Marc Hayek, CEO de Breguet, complète : « Le choix de ce musée est mûrement réfléchi. C’est la première fois que nous exposons dans un musée de cette importance sur sol américain, mais sa proximité avec la Silicon Valley nous a aussi séduits : Breguet était lui aussi un homme de technologie, visionnaire, très en avance sur son temps ».

La première montre automatique de Breguet, vendue en 1814 pour 5000 francs. © Breguet

Des pièces majeures de l’histoire horlogère
L’exposition ne se contente pas de sortir de leurs coffres des pièces déjà exposées. Certaines l’ont déjà été, d’autres jamais. Parmi les créations incontournables ou inédites, Breguet a dévoilé une extraordinaire pièce à résonnance, dont les deux oscillateurs, comme son nom l’indique, sont en résonnance naturelle l’un avec l’autre. Une création unique, d’une technicité hors norme, à laquelle même les horlogers actuels rechignent à s’attaquer. « Lorsque nos équipes de R&D l’ont vue, elles ont tout de suite voulu l’ouvrir et se plonger dedans, voir comment elle fonctionne », sourit Emmanuel Breguet. Quitte à considérer que la maison s’y remette un jour, comme a pu le faire F.P. Journe dernièrement, quasiment le seul à s’être attaqué à ce monument horloger ? « Ce n’est pas interdit de le penser, mais nous avons déjà beaucoup à faire », esquive le gardien du temple.

Dans un registre très différent, l’amateur éclairé repèrera cette petite pendule Art Déco de 1921. Une pièce rare, peu technique en elle-même mais témoin d’une époque que la maison évoque peu. Pourtant, nombreux sont ceux à souhaiter que Breguet s’y étende davantage. « Ce n’est pas prévu pour le moment », esquive Marc Hayek. « Nous n’aimons pas trop faire d’expositions par périodes de l’histoire de Breguet. La manufacture a une histoire qu’il faut considérer dans son ensemble ». Il faudra donc se contenter de modèle, témoin rare d’une époque qui gardera encore ses secrets pour quelque temps.


L’un des rares exemplaires présenté en exposition d’une pendulette Art Déco signé Breguet, huit jours de réserve de marche, réalisée en 1921. © Breguet

Une bague-réveil signé Breguet
Parmi les autres curiosités de l’exposition, une bague-réveil de 1836. « C’est une pièce qui reflète la diversité de la pensée d’Abraham-Louis Breguet », souligne Emmanuel Breguet. « Il avait deux idées à la minute. Beaucoup lui ont conseillé de se concentrer uniquement sur les montres, de monter en volume et de faire ainsi fortune. Cela ne lui plaisait pas. Il n’a jamais cessé d’innover, d’ouvrir de nouvelles voies. Nous n’avons jamais fait fortune, mais avons hérité un patrimoine horloger d’une richesse hors norme ! ».

Il est donc impossible de citer toutes les œuvres majeures de cette exposition – le seul catalogue de l’exposition, avec ses 77 pièces, remplit 170 pages. Il en restera une dernière que l’on détaillera avec gourmandise : la première pièce automatique de Breguet.

Sarton, Perrelet, parmi d’autres, se disputent la paternité de la « première montre automatique avec masse oscillante ». « Lorsqu’une idée est dans l’air du temps, elle se diffuse et peut sortir de différentes manières en différents endroits », reconnaît Emmanuel Breguet, « mais Breguet est le premier à l’avoir commercialisée », soulignant ainsi le pragmatisme d’un homme qui concevait des montres avant tout pour être portées. L’homme créa le procédé en 1780 et le nomma « perpétuel », comme semble être aujourd’hui son génie.

La bague réveil de Breguet,1836. © Breguet