Le calcul est simple : si l’on considère une vitesse moyenne de 60 kilomètres à l’heure, la voiture atteindra 60.000 kilomètres au bout de 1000 heures et sera normalement passée trois fois chez le garagiste pour un service. A ce stade, elle peut être considérée comme usagée. Quant à la montre, elle atteint 1000 heures de fonctionnement après … 42 jours ! Bien entendu, subjectivement, elle est neuve. Quant à un éventuel service, il est en principe conseillé tous les 3 ans, soit après 26.280 heures. Vous avez dit fiabilité ?
 

"Le but recherché : la fiabilité à long terme"

Comme n’importe quelle mécanique, un mouvement d’horlogerie a besoin d’un entretien régulier, garant d’un fonctionnement irréprochable. Avouons-le, nous savons très bien que nos clients « oublient » souvent de confier leur montre à l’horloger tous les 1095 jours… A nous donc de faire en sorte qu’elle continue à les servir fidèlement malgré ce manque de soins, en perfectionnant encore et toujours nos mouvements. A ce sujet, intéressons-nous à deux exemples, qui illustrent bien que les mouvements mécaniques modernes ne sont pas de simples copier/coller de ce que faisaient nos grands-pères, comme certains pourraient encore le croire.

 

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Ce minuscule roulement à billes du calibre GP 3300 est équipé de billes en céramique ne nécessitant pas d’entretien. © DR


Le composant illustré ici avec la pointe d’un crayon est un roulement à billes, en l’occurrence celui de la masse oscillante du calibre automatique Girard-Perregaux 3300. Outre sa taille minuscule, il se distingue par ses 9 billes réalisées en céramique. Pourquoi ce nouveau matériau ? Parce que contrairement aux billes d’acier utilisées précédemment, il ne nécessite ni nettoyage, ni lubrification périodiques et est pratiquement inusable. Nous sommes donc exactement dans la direction du but recherché : la fiabilité à long terme.
 

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Le calibre automatique GP 3300, avec sa masse oscillante en or équipée du roulement à billes en céramique. © Grard-Perregaux


Parlons maintenant lubrification, un domaine où les progrès récents sont importants. Dés le début, les horlogers lubrifiaient les mouvements : graisses et huiles étaient de provenance animale ou végétale, dont la qualité n’a que peu progressé au fil des ans. Il y eut même une période de stagnation complète dans les années 1970 et 1980 : les calibres à quartz ne nécessitant pas de lubrifiants, ou très peu. Avec le nouvel engouement pour la montre mécanique, force a été de reconnaître que nous étions préhistoriques en la matière par comparaison à d’autres domaines, comme l’automobile par exemple. Des études ont donc été entreprises, aboutissant sur la fabrication de lubrifiants synthétiques, à la longévité et l’efficacité bien supérieures à ce qui était utilisé précédemment. Ce n’est pas si vieux : on peut dater le début de leur utilisation à 2003.

Ce sont là deux exemples, mais on pourrait les multiplier : partout où cela est possible, nous recherchons l’amélioration. En effet, tant et aussi longtemps qu’une belle montre dans une belle vitrine aura fait envie à notre futur client, nous sommes dans le domaine du rêve. En revanche, dès le moment où il aura pu se l’offrir, tout devient très concret : une mauvaise fiabilité aura tôt fait de tuer le rêve.


Willy Schweizer est Conservateur du Patrimoine Girard-Perregaux.