Très en vogue durant la seconde moitié du 19ème siècle, les expositions universelles avaient lieu dans les grandes capitales, qui avaient l’honneur de les organiser. La première eut lieu au Crystal Palace de Londres en 1851. Paris en fut plusieurs fois le théâtre, en 1867, 1889 et 1900 entre autres. Pour chaque pays participant, ces expositions étaient l’occasion de présenter ce qu’il faisait de mieux, en matière d’arts, de sciences ou d’industrie. Dans chaque catégorie, des concours avaient lieu, et contrairement à aujourd’hui où chacun se proclame volontiers le meilleur tout en restant prudemment dans son coin, on ne craignait pas de s’y affronter « à la régulière », ou de relever des défis parfois insensés.

Pour le cabinet Gustave Eiffel, l’énoncé du problème à résoudre était simple : construire une tour dépassant 300 mètres ou 1000 pieds de haut…  On s’en doute, toute simplicité s’arrêtait là. C’est l’ingénieur franco-suisse Maurice Koechlin qui s’attache à sa conception. Le projet est avalisé par le ministre du commerce en janvier 1887 et la construction commence sitôt après, pour s’achever 2 ans, 2 mois et 5 jours plus tard, en mars 1889. Après la fin de l’Exposition, il était question de démonter la tour. Heureusement, il n’en fut rien, ce qui lui a permis entre autres d’accueillir 240 millions de visiteurs à ce jour et de devenir le monument le plus célèbre au monde…

 

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La tour Eiffel pendant l’Exposition universelle de 1889. © Worldtempus/Willy Schweizer

 

Quant à Constant Girard-Perregaux, il prépare avec soin sa participation à l’Exposition universelle de 1889, lui qui avait déjà été primé lors de celle tenue en 1867. La montre qu’il y présentera sera bien évidemment son chef d’œuvre, le Tourbillon sous trois Ponts d’or dans sa version la plus achevée, avec échappement à longue détente pivotée. A mouvement exceptionnel, habillement exceptionnel : Constant Girard opte pour un lourd boîtier en or rose, dont il confie la gravure au Chaux-de-Fonnier Fritz Kundert, alors au sommet de son art. Celui-ci utilisera toutes les techniques connues à l’époque (dont la plupart sont aujourd’hui oubliées) pour réaliser un décor à la richesse et à la beauté extraordinaires.

Le 29 septembre 1889, il y donc 125 ans à quelques jours près, le verdict tombe : Constant Girard-Perregaux est récompensé d’une médaille d’or par le Jury de l’exposition universelle de Paris.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : après l’exposition, la montre est confiée aux célèbres détaillants en horlogerie et joaillerie Hauser, Ziwy & Co, ayant pignon sur rue à Paris et Mexico, à l’enseigne de « La Esmeralda ». C’est dès lors qu’elle va prendre le nom qui est encore le sien aujourd’hui. Peu de temps après, elle devient propriété du Général Porfirio Diaz, alors président du Mexique.

On perd ensuite sa trace, jusqu’en 1970 : lors d’un voyage au Mexique, le co-propriétaire de Girard-Perregaux est contacté par un héritier du Général, qui lui propose la célèbre montre. L’affaire est rapidement conclue et depuis, La Esmeralda a rejoint les collections du Musée Girard-Perregaux, dont elle est sans conteste la pièce maîtresse.

Aujourd’hui, La Esmeralda reste une énigme, mais également une source inépuisable d’inspiration : pourquoi trois ponts en forme de flèches ? Y a-t-il une symbolique derrière cela ? Quant à l’inspiration, il suffit de considérer la collection de Haute Horlogerie contemporaine de Girard-Perregaux, qui n’a jamais été aussi riche de Tourbillons sous trois Ponts d’or. Le cas est unique.

 

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Le diplôme décerné à Girard-Perregaux. © Worldtempus/Willy Schweizer

 

Willy Schweizer est Conservateur du Patrimoine Girard-Perregaux.