Certes, lorsqu’on pense horlogerie, on pense presque automatiquement montre, à l’indication du temps qui passe. Il est vrai qu’en début de 21ème siècle, la seule expression horlogère en usage se loge dans les quelques centimètres cubes que nous portons au poignet, et qui fait tourner des aiguilles parcourant inlassablement les indications d’un cadran…

Pourtant, cela n’a pas été toujours ainsi : il n’y a pas si longtemps encore, l’horlogerie avait une multitude d’applications, de la plus pratique à la plus divertissante. Il suffit de pousser la porte d’un musée horloger pour s’en rendre compte. En résumé, les composants principaux d’un mouvement mécanique sont la source d’énergie (poids dans les anciens mouvements ou ressort du barillet dans les constructions plus récentes), l’échappement qui va empêcher les poids de tomber ou le ressort de se détendre d’un seul coup, l’organe réglant qui va donner le rythme, de façon à ce que l’engrenage fasse tourner à la bonne vitesse non pas seulement des aiguilles, mais bien d’autres objets…

C’est ainsi par exemple que les mouvements d’horlogerie ont eu leur place en cuisine pendant plusieurs siècles. Pour surveiller les temps de cuisson, me direz-vous ? Pas du tout ! Ils étaient utilisés comme tournebroches et faisaient lentement tourner les quartiers de viande devant le feu. Leur usage se répandit dès le Moyen Age jusqu’à pratiquement aujourd’hui.
Dans certains cas, le mouvement d’horlogerie devient tout simplement vital, comme celui du chronomètre de marine : de sa précision dépendait la survie de tout un équipage, jusqu’à l’apparition du GPS il n’y a pas si longtemps de cela.

 

Girard-Perregaux ww.tc

Le cadran émail de cette ww.tc reproduit le premier test du chronomètre de John Harrison en 1761. Le HMS Deptford fit le trajet Angleterre – Jamaïque et retour pratiquement sans erreur de navigation : 1 mille nautique sur l’ensemble du voyage. © Girard-Perregaux

 

Rappelons ici que nous en devons le concept à John Harrison (1693 – 1776). A cette époque, les marins savaient déjà déterminer la latitude (Nord – Sud) de façon précise en utilisant des cartes du ciel. En revanche, il n’existait aucun moyen fiable de connaître la longitude (Est – Ouest). Harrison eut l’idée de recourir à l’horlogerie pour y remédier. C’est ainsi qu’on embarquait deux garde-temps sur le bateau : le chronomètre de marine, chargé de conserver avec le plus de précision possible l’heure du port d’attache (ou de Greenwich) dont la position exacte était connue, et le chronomètre de bord, qui était systématiquement remis à l’heure zénithale de l’endroit ou se trouvait le navire. Sachant qu’une heure de différence correspond à 15 degrés de longitude, il devenait alors possible de calculer sa position de manière exacte.

 

Girard-Perregaux Jackpot

Le modèle Girard-Perregaux Jackpot intègre un mécanisme de machine à sous activé par le levier à droite du boîtier. Lorsqu’un des minuscules rouleaux de platine s’arrête, un tintement retentit. Le tourbillon est visible dans l’ouverture à 6 heures. © Girard-Perregaux

 

Il y a aussi le mouvement d’horlogerie comme moyen de divertissement, très en vogue durant les 18 et  19ème siècles. Il animait toutes sortes d’automates,  androïdes, oiseaux chanteurs ou autres boîtes à musique, par exemple. Aujourd’hui, cette application a presque complètement disparu, à quelques exceptions près. L’une d’entre elles est le fameux modèle « Jackpot » de Girard-Perregaux : outre un tourbillon, son mouvement est doté d’un mécanisme aléatoire calqué sur celui des fameux « bandits manchots » des casinos. Comme eux, il est actionné par un levier situé sur le côté du boîtier. Lors de la présentation de cette montre extraordinaire, j’ai pu observer bien des moues dubitatives ou des haussements de sourcils interrogateurs : c’est n’importe quoi ! Que vient faire un tel objet dans une montre ?  La réponse est simple : divertir son propriétaire, comme d’autres mécanismes à l’époque ! Il s’inscrit donc parfaitement dans une logique séculaire propre à l’horlogerie…