Pour des raisons évidentes, nous ne révélerons pas son identité et ne montrerons aucune photo de lui.  Mais sur les réseaux sociaux les plus populaires,  il répond au nom de « Mrwatchgeneva ». Nous avons rencontré ce jeune collectionneur de montres de 14 ans, dans un lieu qu'il affectionne: la boutique de montres d’occasion Davidoff, au coeur de la vieille-ville de Genève, où il donne parfois un coup de main aux frères Roy et Sasha pour l’inventaire – en constante évolution - de leur magasin.

Ce n’est pas en feuilletant les magazines sur papier glacé aux publicités à gros budget qu’est née sa passion pour l’horlogerie mais bien plutôt en regardant les photos sur Instagram de gens ordinaires arborant fièrement leurs montres. « J’ai toujours aimé les montres et un jour mon père m’a montré une page dédiée à l’horlogerie sur Instagram », raconte-t-il.  « Je me suis peu à peu intéressé à ce genre de pages et en février dernier,  j’ai décidé de créer mon propre compte ».  Il a aujourd’hui 1600 d'abonnés   sur cette plateforme de partage d’images, qui est aussi sa source principale d’informations : « Hublot, par exemple,  émet une alerte sur Instagram à chaque nouveau lancement de produit.  C’est bien plus direct, parce que souvent les marques ne mentionnent pas les dates de sortie des nouveautés dans leur communication. »

"70% de montres vintage"

Pourtant, la partie n’est pas gagnée pour les marques, puisque ce jeune collectionneur avoue que les montres vintage représentent 70% de ses achats, contre seulement 30% pour des pièces neuves.  Et pour compliquer les choses,  il recherche l’unique. « Pas nécessairement une édition limitée », précise-t-il « mais quelque chose de différent. Comme par exemple l’Urwerk 210, qui est une montre stupéfiante.»

Les autres montres qui font rêver ce jeune amateur valent toutes plus de 200'000 francs suisses, ce qui rappelle à votre rédacteur en chef ses propres rêves d’enfant de Lamborghini et de Ferrari…  Mais, imaginons que WorldTempus lui offre 300'000.- et à la condition de ne choisir qu’une seule montre, le jeune homme opterait pour une pièce bien plus classique : la nouvelle Patek Philippe World Time Moon Réf. 5575.

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Quelques photos de "Mrwatchgeneva" postées sur Instagram.

Notre collectionneur en herbe a tout d’un vrai geek horloger ; il admet planifier quel modèle il portera chaque jour de la semaine et avoue se sentir tout nu sans montre.  Il en a une porte-bonheur (bien utile pour l’accompagner lors d’examens)  qu'il appelle par son petit nom : la Rolex « Batman. »

En dépit de ces caractéristiques dignes d’un vrai collectionneur, de son jeune âge et de son goût pour les réseaux sociaux,  les enchères en ligne l’intéressent peu. « C’est bien plus amusant d’être dans la salle de vente,  il y a plus d’adrénaline.  En ligne, vous pouvez le faire depuis votre lit et c’est bien moins drôle ».

Reste la question de savoir si les marques en font assez pour toucher les jeunes via leurs réseaux favoris. « Non », répond notre collectionneur, « mais c’est assez normal car leurs montres s’adressent à des adultes.»  Certes, mais n’oublions pas qu’un ado de quatorze ans sera un adulte dans cinq ans à peine.

"Les montres connectées ne m'intéressent pas"

Ce qui est sûr, c’est que notre jeune amateur ne se précipitera pas sur les montres connectées.  A-t-il été influencé par ses compères collectionneurs plus âgés qui fréquentent la boutique des Frères Davidoff de Genève ? Difficile à dire.  Mais sa réponse est sans appel lorsqu’on lui demande son opinion sur les « smart watches ». « Ca ne m’intéresse pas du tout. Ce sont des gadgets ».