Nous voilà à l’aube d’une nouvelle année…  bonne raison de nous intéresser à un instrument que nous utilisons tous, et qui nous permet de diviser cette année en jours, semaines et mois : le calendrier. A propos, quelqu’un peut-il me dire ce qu’il s’est passé entre le 4 et le 15 octobre 1582 ? En fait, rien, car ces 10 jours n’ont jamais existé. Voici pourquoi…

Une année complète dure exactement 365 jours, 5 heures, 48 minutes et 45 secondes, ou 365,2422 jours si l’on préfère. Très tôt, l’homme a entrepris de la diviser en périodes plus courtes, donnant précisément naissance au calendrier. Selon les civilisations, il est lunaire ou solaire, comme c’est le cas de notre calendrier grégorien, le plus utilisé mondialement.

Ainsi que son nom l’indique, il fut introduit en 1582 par le pape Grégoire XIII, assisté par l’astronome Lilio. Le but était de corriger le calendrier julien, imaginé en 46 avant le Christ par Jules César et l’astronome Sosigenes. Celui-ci était basé sur un calcul inexact de la durée de l’an, en l’occurrence une perte de 0,078 jour. Cela semble très peu, mais comme l’usage du calendrier julien s’est répandu dès l’an 325 de notre ère, il avait pris un retard de 10 jours sur l’année solaire en 1582. Le calendrier grégorien corrigea cette erreur lorsqu’il fut décrété que le 4 octobre 1582 serait suivi du 15, et non du 5.

Pape-Gregoire-XII

Le pape Grégoire XII © DR

Tout comme le calendrier julien, le calendrier grégorien considère trois années ordinaires de 365 jours suivies par une année bissextile de 366. Cependant, de façon à corriger l’erreur de 0,0078 jour vue ci-dessus, une année bissextile est supprimée  tous les cent ans, à l’exception des années dont le nombre est divisible par 400. Ainsi, 1900 et 2100 ne sont pas des années bissextiles, alors que 2000 ou 2400 le sont.

Si les pays catholiques adoptent le calendrier grégorien dès 1582, il faudra plus de temps aux pays protestants (1700), à la Grande-Bretagne (1752), au Japon (1873) ou encore à la Chine (1912).

Etonnant, n’est-ce pas ? En 2014, nous utilisons sans aucun changement un système imaginé au 16ème siècle. Ce qui est encore plus fascinant est la précision avec laquelle nos ancêtres ont pu très tôt mesurer la longueur de l’an. Prenons par exemple le calendrier égyptien, solaire lui aussi : en usage depuis 4236 avant le Christ, son erreur était de 6 heures par an, ou 0,07% !

Comme on peut l’imaginer, les horlogers se sont très tôt attelés à « mettre en boîte » le calendrier et les 1461 jours de cycles irréguliers qu’il y a entre le 29 février d’une année bissextile au suivant, 4 ans plus tard : c’est ce que l’on nomme le quantième perpétuel, qui prendra sa place dans des horloges, puis des pendules, puis des montres de poche, et enfin dans des montres-bracelet. J’y reviendrai dans un prochain article.

Willy Schweizer est Conservateur du Patrimoine Girard-Perregaux