Aujourd’hui, nous avons décidé d’innover. Dans cet article, pas de montre connue. Et même pas une montre qui existe. A l’heure où l’horlogerie mondiale se pose beaucoup de questions, où le grand écart entre « montre de statut » et  « objet connecté » devient de plus en plus douloureux, il est peut-être temps d’essayer de faire un peu de projection sur ce que pourrait être une montre du futur. Du côté de l’horlogerie « classique », les innovations patinent. Ce n’est pas un autre tourbillon qui tourne, une énième complication trop compliquée, ou un génie marketing de plus qui va nous convaincre du contraire. La tendance « vintage » montre bien que l’innovation rétro pédale et que le souffle nouveau risque de venir plutôt de la Californie que de la Chaux-de-Fonds.

C’est donc là que le bât blesse …
Parce que nous aimons l’horlogerie suisse. Son histoire, son potentiel et sa capacité à faire rêver. Et il serait dommage de voir nos manufactures se recentrer sur les quelques happy fews qui peuvent s’offrir des pièces à plusieurs centaines de milliers de francs. Parce qu'innover à ces prix, ce n’est plus de l’innovation. La vraie carpo-révolution c’est d’amener l’innovation au plus près des « vrais » gens. Le secteur de la high-tech l’a compris depuis longtemps, et leurs nouvelles cibles se trouvent dans le Jura suisse.

Alors aujourd’hui, prenons un peu de temps pour penser au futur. Et essayons de dresser le portrait robot de la montre du futur proche, qui tirerait le meilleur de l’histoire suisse, et de la capacité du pays à attirer les start-ups et à vendre dans le monde son goût pour l’innovation et le bel ouvrage ….

Quelle manufacture ?
D’où viendra l’innovation ? Certaines marques suisses s’y préparent déjà. On cite TAG Heuer, mais plusieurs autres ont dans leurs cartons des montres dites « connectées ». Cependant, il ne s’agit encore que de montres hybrides culturellement, où l’on tente de greffer de la technologie sur de l’horlogerie. Le vrai défi des horlogers est l’intégration. Et celle-ci passe aussi par une refonte des « business models » et des organisations.

L’horloger du futur est-il horloger, ingénieur ou développeur informatique ? Comment le Swiss made peut-il se positionner face au Made in Cupertino ? Et jusqu’à quand l’industrie horlogère suisse développera-t-elle des modèles de management basés sur la consanguinité (je suis passé par ici, je passerai par là), alors qu’Apple recrute chez TAG Heuer, Burberrys, mais aussi parmi les leaders des Med Tech ou des Green Tech. L’industrie qui gagnera est celle qui apprendra le mieux, pas celle qui se protégera le plus …

Les firmes de la Silicon Valley se sont construites grâce à une phénoménale capacité  d’apprentissage et d’adaptation. Rappelons simplement que Tesla est dirigée par le créateur de PayPal. A priori rien à voir entre les deux industries, sauf … la capacité à casser les codes, comprendre l’environnement et avancer vite.

La manufacture qui comprendra – et surtout – acceptera cette nouvelle donne sera capable d’y répondre. Les autres continueront à produire de belles pièces dorées et compliquées, mais dépassées.
 


La Montre 2.0
Le futur de l’horlogerie passe par l’intégration plus que par l’abandon. Face au quartz, l’horlogerie suisse avait d’abord répondu par … le quartz. Elle s’était tiré une balle dans le pied mais avait aussi su réagir grâce à Swatch. Face au digital, le défi est aussi grand. La réponse devrait cependant être différente.

Pour faire mieux que résister à la « digitalisation des poignets », l’industrie suisse dispose pourtant de pas mal d’avantages. La montre 2.0 sera une combinaison de design, de matière, d’énergie, de mécanique, de fonctionnalités digitales, le tout proposé à un prix attractif.

Le design : pas de souci à se faire de ce côté-là, des marques comme MBF, HYT, De Bethune proposent déjà des designs innovants, en rupture avec le classique rond / carré / rectangle. Par contre, elles restent des marques confidentielles et chères.

Les matières : l’horlogerie utilise désormais un spectre bien plus large que le classique acier / or. La palette s’étend du plastique de Swatch, au saphir de Richard Mille, en passant par le carbone d’Audemars Piguet ou la céramique de Hublot. Et la liste n’est pas exhaustive. Mais encore une fois – hormis Swatch – le prix de certaines de ces créations reste tout bonnement incompatible avec la Montre 2.0 et les nouvelles exigences en matière de luxe abordable… 

Richard Mille sapphire case

Le saphir, comme celui utilisé par Richard Mille ici, sera-t-il le matériau clé de la montre du futur? © Richard Mille

L’énergie : elle sera mécanique ou ne sera pas… Là encore, les mentalités changent, et il suffit de regarder du côté de chez Omega ou Breitling pour voir le retour en force des montres haute performance « à piles ». Depuis peu, Breitling utilise même pour sa nouvelle B50 une batterie rechargeable, couplée à un calibre quartz manufacture … Tissot pour sa part a recours au solaire – à l’instar de Casio. Cette source d’énergie semble remplie d’espoir, même si elle ne peut pas encore « nourrir » des montres à forte consommation énergétique.

La mécanique : je reste persuadé qu’il faut conserver une dimension mécanique à la Montre 2.0. Il faudra cependant un calibre qui puisse cohabiter avec des fonctionnalités digitales et rester assez petit pour ne pas transformer la montre en ordinateur de poignet. Là encore, l’horlogerie suisse sait faire, et bien faire : citons bien sûr Piaget ou Jaeger LeCoultre qui produisent de beaux mouvements très fins. Il suffira d’affiner aussi leur prix ….

Les fonctionnalités digitales : soyons francs, pour l’instant le savoir est dans la Silicon Valley ou en Corée. Pire, Apple ou Google maîtrisent désormais l’environnement digital via leurs systèmes d’exploitation iOS ou Android. Mais de nombreux acteurs innovent et proposent d’autres solutions compatibles et innovantes. Le souci – bien identifié par les tenants de l’approche classique de l’horlogerie – se trouve dans la capacité de ces fonctionnalités à se réinventer presque tous les mois … Le défi sera donc la mise à jour et la capacité à gérer techniquement les progrès de la technologie.

Cependant la solution existe, et c’est Google qui l’a trouvée …
Le décor est donc planté.