On ne sait pourquoi, c’est totalement subjectif, irrationnel et parfois encombrant. Cela s’appelle la passion, mélange de sentiments déraisonnés, impulsifs ou incontrôlables. Il y a celle qui s’écrit avec un grand « P », et qui abrite l’Amour ou l’Amitié. Mais il y a aussi ces « petites » passions qui nous rendent si humains et parlent de nous au travers d’intérêts exacerbés pour une montre, une voiture, un coléoptère ou un sport !

Si vous lisez cet article c’est que vous avez probablement commencé à y céder petit à petit ou que vous êtes carrément atteint. Parce que ces petits objets qui battent la chamade à nos poignets provoquent souvent ce sentiment. Ce goût immodéré pour les belles mécaniques, ce qu’elles véhiculent et comment elles nous touchent pour nous rendre finalement parfaitement de mauvaise foi.

Je vous préviens donc, le reste de cet article est dicté par ce sentiment qui colle parfaitement à la maxime de Chamfort (le poète, pas le chanteur …) : « Toutes les passions sont exagératrices et elles ne sont des passions que parce qu'elles
exagèrent ».

« Plus bas que terre »

J’ai rencontré Officine Panerai en 1998, au détour d’une balade rue du Rhône à Genève.

Dans la vitrine des Ambassadeurs trônaient pas mal de jolies pièces, et au milieu de tant de finesse, d’or, de cadrans peints ou amoureusement travaillés, il y avait trois montres de taille gargantuesque, aux cadrans tristes comme un jour sans pain et qui essayaient de se faire un peu de place en s’exhibant à coté d’une espèce de maquette de sous-marin.

 

Les torpilles humains utilisées par la Marine Italienne, dont Panerai était le fournisseur officiel. © Panerai

 

Ces « comtoises » de poignet n’avait pas droit de cité au premier étage de la vitrine, là où les belles productions helvétiques se paraient de leurs plus beaux atours pour attirer l’œil du connaisseur de passage. Non, elles étaient posées au second niveau, prêt du sol.

Autant dire, plus bas que terre …

Je passais donc mon chemin, mais intrigué, je revins pour finalement passer la porte de la boutique et essayer d’en savoir plus sur ces montres. Entouré de clients qui essayaient des pièces prestigieuses, j’avais presque honte de montrer mon intérêt pour cette pièce munie d’une excroissance bizarre, montée sur un bracelet en cuir gold. Alors, pour cacher ma gêne, je me renseignais d’abord sur des modèles plus en vue, pour finalement susurrer dans l’oreille de mon interlocuteur : « et ça, c’est quoi ? ».

La réponse ne se fit pas attendre « c’est une Panerai »…

« Une quoi ? »…

S’en suivi une longue discussion, et un des plus grandS regretS de ma vie. Je suis sorti sans elle … Les Paneristi apprécieront …

« La lumière du jour » (Daylight pour les initiés)

Mais la petite graine de la passion venait d’être plantée. Chaque fois que je passais devant la vitrine, je regardais les petits canards horlogers, obèses et pour certains - noirs, espérant pouvoir un jour oser franchir le pas.

Et puis, quelques temps plus tard, j’ai finalement craqué pour un modèle simple, 2 aiguilles et affichant le logo de la marque. A l’époque, porter une montre de 44 mm était au mieux considéré comme du mauvais goût, au pire comme de la vulgarité. C’est donc le week-end que je sortais ma « précieuse ».

 

Panerai PAM 785 box

La nuit et le jour. Ce coffret Edition Spéciale PAM 785 comprend une Black Seal, une Daylight ainsi qu'une version miniaturisée d'une torpille humaine, montée par les premiers porteurs de montres Panerai. © Panerai

 

Au détour d’une de ces balades, un type s’approche de moi. Je le regarde, lui a les yeux fixés sur mon poignet. « C’est une Panerai ? » me demande t-il en montrant fièrement son poignet. La sienne avait un cadran blanc bizarrement marqué « Daylight ». Il me dit : « C’est la même que Stallone dans le film ». J’ose un « ahhh », et pour éviter de montrer trop mon ignorance, je lui réponds « je ne crois pas que je l’ai vu ».

La conversation allait durer plus d’une heure. Panerai, Stallone, Daylight, etc. C’était la première fois que je rencontrais un de ces doux dingues bizarres, que l’on appelle aujourd’hui les « Paneristi ».

Il ne m’en fallu pas plus pour aller acheter la vidéo de Daylight. La PAM n’était pas blanche, mais noire. Pas grave, finalement je n’étais plus seul. L’histoire pouvait continuer.

« Paneristi for … pas mal de temps »

Depuis, la marque florentine a fait du chemin. Et je l’ai accompagné sur pas mal de tronçons.

J’ai visité LA boutique de Florence quelques années plus tard, puis continué à en apprendre un peu plus sur la marque. Pourquoi ? Honnêtement, difficile de répondre, mais au delà d’une montre, Panerai m’a fait découvert l’univers des passionnés.

« Pre-V », « non matching », « 8 Giorni », « Destro », toutes ces expressions n’ont plus de secrets pour moi. Elles constituent la base du vocabulaire des « risti ». Et il suffit que l’Officine annonce une nouvelle « Marina Militare » pour que les passions se déchainent.

Et ça, la marque l’a bien compris.

Officine Panerai est une des rares à disposer d’une communauté de passionnés si active, présente dans le monde entier, autant critique qu’admirative. Ils ont leurs rites, leurs coutumes, leurs héros et leurs lieux de rencontre (pour les francophones : http://op-forum.fr, pour les anglophones : panerisiti.com).

 

Panerai PAM 532 Paneristi Forever

Panerai PAM 532 Paneristi Forever © Panerai

 

Ils entretiennent la légende au point que l’Officine leur a même dédié plusieurs Editions Spéciales dont la dernière (la PAM 532) arbore fièrement sur son fond un « Paneristi Forever » un peu exagéré, mais qui résume pourtant le lien entre la marque et ses afficionados.

Pour ces derniers, une montre doit être simple, fonctionnelle, sans chichi.

« Des Hommes au bout des Montres »

Je l’ai dit et écrit, je n’aime ni les tourbillons ni les complications inaccessibles qui éloignent les montres des - vrais - passionnés. La force de Panerai, c’est d’avoir permis à pas mal de béotiens horlogers de devenir de vrais connaisseurs.

Et même si aujourd’hui, nous faisons tous des infidélités à la marque (eh oui), c’est pour toujours revenir vers elle. Ou pour se convaincre que notre passion reste intacte.

Je sais que certains ne comprennent pas cet engouement. Pour eux, la PAM est trop simple ou pas assez sophistiquée. On lui reproche même ses origines florentines, quand elle n’était qu’un petit emboîteur local.

Mais rien n’y fait. Les Paneristi tiennent bons. Et se marrent bien. Parce que ce qu’ils aiment avant tout, c’est que leur passion commune les amène à découvrir « des Hommes au bout des montres », pour citer mon ami Sylvain Couthier, Grand Boss des Risti français.

Alors, on vous attend …