Les temps forts de l’histoire d’A. Lange & Söhne sont bien connus. Quels sont vos temps forts à vous, à la tête de la maison depuis 4 ans ?
Il y a chaque année un temps fort, et c’est lorsque je vois pour la première fois les nouveaux modèles. Je m’implique dès le départ dans leur développement et je vois les choses avancer mais ce n’est qu’aux alentours de novembre que je peux enfin toucher les montres et les mettre au poignet. C’est chaque année un moment très spécial, qui me donne la confiance nécessaire pour aller de l’avant dans les périodes difficiles.

Depuis la renaissance de la marque il y a vingt ans, 50 nouveaux calibres ont été produits – 2 en moyenne par année. Allez-vous tenir ce rythme dans le futur ?
Absolument. De fait, nous avons même accéléré le rythme ces dernières années. Vu les projets de développement que nous avons, je peux vous assurer que nous n’avons pas envie de ralentir.

Le nouveau bâtiment qui vient d’être inauguré par Angela Merkel représente indubitablement un jalon important pour la marque. Mais concrètement, que signifie-t-il en termes de développement et de capacité de production?
Il nous reste encore 2-3 choses à déménager et le fait d’avoir en ce moment deux bâtiments séparés ne favorise évidemment pas la communication. Mais pour nous, il est très important de contrôler l’environnement où les montres sont assemblées et je crois que le nouveau bâtiment nous aidera à maintenir la qualité, avec peut-être moins de contraintes que jusqu’à présent. On vient de vivre un été caniculaire et le nouvel édifice s’est révélé un lieu de travail parfait. Nous en avions besoin pour pouvoir former nos employés à davantage de flexibilité. Au sommet de la pyramide, nous n’avons que très peu d’horlogers capables d’assembler les pièces les plus compliquées, alors qu’à la base nous avons plus de gens qui travaillent sur les mouvements plus simples. Nous devons offrir à ces personnes un plan de carrière et pour cela, un environnement de travail parfait est indispensable.

Angela Merkel

La Chancelière allemande Angela Merkel a visité les ateliers des horlogers après avoir officiellement inauguré le nouveau bâtiment de la Manufacture, le 26 août dernier. © A.Lange & Söhne

Pensez-vous que la publicité faite autour de l’inauguration de cette nouvelle usine par la Chancelière aura des retombées positives sur les ventes ?
Non, car nous sommes déjà très connus en Allemagne. Le but de la visite d’Angela Merkel était Glashütte, et pas uniquement A. Lange & Söhne, et c’était donc un signe de reconnaissance important pour l’industrie toute entière.

En début d’année, vous parliez de « tout changer mais ne rien changer » à propos de la Lange 1. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce difficile équilibre à trouver entre la nécessité de faire évoluer vos produits et vos mouvements sans modifier le design iconique des montres ?
Avant tout, je ne suis pas seul. Nous travaillons en équipe où il arrive qu’une personne veuille détruire, une autre conserver et une troisième agit en modérateur. Parfois, les rôles s’inversent. C’est comme chercher de l’or. On voit tous qu’il y a une petite pépite d’or qui brille, mais il y a aussi plein de sable et de cailloux dont il faut se débarrasser. Comme personne ne dirige notre petit groupe, nous devons discuter et argumenter pour faire passer nos idées. Les décisions ne sont pas basées sur la hiérarchie. Celui ou celle qui a les meilleurs arguments gagne. Depuis 4 ou 5 ans, cela marche très bien comme ça. Cela démontre que nous allons de l’avant sans nous emballer. Nous prenons des risques, et la répétition minutes décimale en est un exemple. Personne ne nous attendait là.

Vos mouvements attestent d’un souci du détail quasi extrême, comme par exemple l’aiguille des secondes s’arrêtant à 12h à la fin de la réserve de marche, pour faciliter le réglage. D’où vient cette minutie ? Du client, de l’horloger, ou des deux ?
De nous, des Allemands. Les Allemands aiment aller jusqu’au bout des choses et ç’en est un parfait exemple. Il s’est passé la même chose avec la nouvelle Lange 1. Nous avions décidé qu’il nous fallait notre propre spiral, puis, comme conséquence, notre propre échappement, ensuite nous avons pensé qu’il fallait améliorer la date sautante à 12h, et à la fin, nous avions un tout nouveau mouvement. C’est l’esprit de l‘ingénierie allemande : quand on a une tâche à accomplir, on la mène à terme.

La Zeitwerk Minute Repeater est une des finalistes de la catégorie « Sonnerie » du GPHG 2015. En quoi se distingue-t-elle de ses concurrentes ?
Quand vous présentez quelque chose de complètement nouveau s’agissant d’une complication qui existe depuis 200 ans, vous vous démarquez automatiquement de vos adversaires. On n’avait jamais vu une telle répétition minutes. De toute façon, il n’existe pas tant de répétitions minutes que cela, même si cette technologie a deux siècles.

A.Lange & Sohne

Zeitwerk Minute Repeater. © A.Lange & Söhne

Que représentent à vos yeux une participation et une victoire au Grand Prix de l’Horlogerie de Genève ?
C’est une question très difficile. J’apprécie de gagner des prix, mais je n’y attache pas trop d’importance, car cela ne dépend pas de moi. Parfois on a de la chance, et parfois non, et si je fêtais chacune de nos victoires, je devrais aussi regretter chacune de nos défaites. Honnêtement, je ne sais pas s’il y a un retour sur investissement mais ce que je peux dire c’est que pour qu’une marque allemande gagne à Genève, il faut qu’elle soit exceptionnelle.

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