Aussi précis et fiable qu’une montre suisse,  il y a toujours un oubli dans les statistiques annuelles publiées par la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH).  Les chiffres de la fédération sont uniquement basés sur les statistiques des douanes, et le marché national suisse  reste non quantifié  – alors que de nombreux touristes, et notamment des Chinois et des Russes, viennent  acheter leurs montres dans le pays où elles sont fabriquées.

Le marché suisse est estimé à environ 5% du total des exportations horlogères.  En 2014, il représentait 22,2 milliards de francs suisses, selon les statistiques publiées par la FH la semaine dernière.  En terme de taille de marché, ce chiffre place la Suisse à égalité avec les Emirats Arabes Unis, la France, Singapour, et peut-être même l’Allemagne, l’Italie ou le Japon. En tout état de cause, le pays de la haute horlogerie figure incontestablement aussi au palmarès de ses 10 plus importants marchés.

Inutile de rappeler aux observateurs financiers que la Chine et Hong Kong, en tant que deux des trois plus grands marchés pour l’horlogerie suisse, sont primordiaux pour la bonne santé de l’industrie. Avec une chute de 15,2% des exportations vers la Chine ces deux dernières années, et de 5,7% vers Hong Kong sur la même période, certaines marques très dépendantes de ces marchés ont souffert. Et pourtant, l’industrie a quand même affiché une modeste croissance de 1,9% de ses exportations en 2014.  Comment est-ce possible ?

Le top 10 des marchés horlogers en 2014*

  1. Hong Kong
  2. Etats-Unis
  3. Chine
  4. Japon
  5. Italie
  6. Allemagne
  7. Singapour
  8. France
  9. Emirats Arabes Unis
  10. Royaume Uni

*Basé sur les statistiques des exportations 2014 de la Fédération de l’industrie horlogère suisse FH.

Une des explications est le Japon, qui, en dépit des mesures d’austérité d’ « Abenomics », a accru ses importations de montres suisses de plus de 20% ces deux dernières années, passant ainsi du fond du classement des dix plus grands marchés à la quatrième place. Le Pays du Soleil Levant a importé pour 1,3 milliard de francs suisses de montres l’an passé,  à peine 70 millions de francs de moins que le géant chinois. 

Un autre pays du sud-est asiatique explique la hausse des exportations : la Corée du Sud. Elle a importé 32% de montres en plus ces deux dernières années et se place en 11e position, devant la Russie et l’Arabie Saoudite. Des pays européens comme la Suède, les Pays-Bas et même la Grèce ont enregistré des hausses significatives, même si celles-ci ne seront sans doute pas reconduites en 2015,  en raison du tsunami qui s’est abattu sur les marchés des devises en début d’année et du récent changement de gouvernement en Grèce.

Il n’y a pas que des gagnants et de perdants parmi les pays, mais aussi au sein de l’industrie elle-même.  Le Swatch Group a publié ses résultats 2014 la semaine passée et annoncé un chiffre d’affaires en hausse de 4,6%, malgré les difficultés auxquelles a dû faire face l’industrie tout au long de l’année.  Publiés en même temps, les résultats du groupe LVMH font état d’une augmentation des ventes de 4%, sans ajustement des incidences des taux de change.  Comme les résultats de ces deux groupes sont bien au-dessus de ceux de l’industrie globale,  on en déduit logiquement que d’autres marques ou groupes horlogers doivent avoir subi des pertes. Gageons que les analystes attendent avec intérêt les résultats de ces autres acteurs de l’industrie horlogère.