La haute joaillerie est un exercice créatif sans bornes. Lorsqu’il s’applique à la montre, elle prend des formes qui vont du plus conventionnel au plus incroyable. La magie de la créativité transfigure la fonction, basique, du garde-temps, et l’emmène vers de nouvelles dimensions. La Biennale des Antiquaires qui se tient à Paris jusqu’au 21 septembre est une des plus importantes concentrations d’objets précieux au monde. Et en ce moment, c’est certainement là que sont réunies les plus imaginatives de toutes les montres de haute joaillerie. Les inspirations viennent de tous bords. La seule règle est de fasciner, d’époustoufler, de séduire. Pour cela, les règles élémentaires de l’horlogerie sont écartées, pour leur plus grand bien. C’est ainsi que la notion de forme s’efface, graduellement, pour faire entrer la montre joaillère dans le rêve.

Chez Piaget, on joue aussi bien le registre de la montre de poignet que de la montre vêtement. Dans le premier cas, il s’agira d’une réédition du modèle que portait Andy Warhol, un grand boîtier coussin à godrons agrémenté de cadrans en pierres dures, une des spécialités historiques de Piaget. Jade, cœur de rubis ou lapis lazuli habillent ces montres masculines aux volumes forts. Ou ce peut être une grande manchette ajourée faite d’or martelé, 60’s en diable et diablement chic. Dans le second cas, l’heure se trouve au bout d’un sautoir, cravate faite d’une résille d’or, pendentif orné de diamants qui vient se nicher au cœur du décolleté. La montre est proche d’un sous-vêtement….

 

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Piaget, Manchette en or jaune martelé, serti et cadran en jade, 60’s en diable. © David Chokron/Worldtempus


Chaumet a gommé la frontière entre boîte, lunette et cadran. Dans sa collection Lumières d’Eau, deux montres Lumière d’Or mettent en avant la chaleur du soleil et de la pierre précieuse. La première représente trois poissons en or sculpté, sur une onde de laque. Leur queue diaphane et immense déborde sur la lunette, gravée de fines rainures. Dans un registre plus abstrait, la seconde est une montre manchette, un entrelacs dense de pierres de couleurs. Le cadran serti de saphirs jaunes est dissimulé sous une extraordinaire pierre, un saphir jaune de Ceylan, taille coussin, de 13,45 carats.

 

Chaumet Lumière d’Or poissons

Chaumet Lumière d’Or et ses poissons aux nageoires débordantes. © David Chokron/Worldtempus


Dior joue avec les volumes et les symétries. La géométrie légèrement bouleversée d’une de ses pièces Grand Soir met en valeur une lunette en corolle de saphirs. Comme les volants d’une grande robe qui tournoie, ils prennent un grand virage vers l’extérieur. Les pierres bleues tranchent sur la chaleur de l’or rose, appuyées par les gravures de couleur, dynamiques, sur le cadran en nacre.

 

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Dior Grand Soir 28 mm, aux saphirs virevoltants. © David Chokron/Worldtempus


Chez Cartier, les garde-temps ont toujours été hybridés avec les objets précieux. Lors de la Biennale des Antiquaires, le joailler parisien présente toujours de ces pièces rares aux formats inhabituels. Une pendulette mystérieuse faite de cristal de roche, onyx et diamants fait tourner ses aiguilles ajourées dans le vide transparent. Plus loin, une horloge bol intrigue. Elle ressemble à un aquarium dans lequel tourne une boule ornée d’une opale cernée de diamants et d’onyx. Elle se déplace à l’intérieur du bol en cristal de roche et donne l’heure à l’aide des graduations situées sur le bord. Comment fonctionne-t-elle ? Mystère…

 

Cartier, pendule mystérieuse en cristal de roche, onyx et diamants, un classique de la maison. © David Chokron/Worldtempus


Bulgari exploite à nouveau un de ses thèmes de prédilection, le serpent. La ligne Serpenti est régulièrement enrichie de pièces de haute joaillerie, où la façon de l’or le dispute à la richesse des pierres. Deux nouveaux reptiles portent la tentation à de nouveaux degrés, deux aspics. Le travail sur les écailles est réaliste, et le plus étonnant est que, comme l’animal même, ces montres bracelets à double ou triple tour sont parfaitement articulées et souples. Elles n’ont pas la froideur du reptile, mais bien la chaleur de l’or et des diamants.

 

Bulgari Serpenti, en version plutôt sage. © David Chokron/Worldtempus

 

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