En ce brumeux matin de novembre, Karl-Friedrich Scheufele est venu à pied, de chez lui. L’homme aime donner ses rendez-vous dans ce petit hôtel situé entre Genève et Fleurier. Hasard géographique ? Loin de là : Chopard possède un pied dans l’un et l’autre. A Fleurier, la manufacture conçoit et produit ses pièces manufacture, les fameuses L.U.C., ainsi que celles qu’elle assemble en son site de Fleurier Ebauches. A Genève, Chopard assemble les pièces destinées à recevoir le précieux poinçon de l’Etat. Karl-Friedrich Scheufele fait aujourd’hui le point sur la manufacture qu’il dirige depuis bientôt 30 ans. Tour à tour, il évoque librement ses gammes, les tendances, l’écologie horlogère.

 

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Le bâtiment rénové, Minergie, de Fleurier Ebauches. © WorldTempus / Olivier Müller


Une production constante mais de plus en plus indépendante
« Nous avons deux sites, avec deux logiques bien différentes, mais complémentaires. Chopard, cette année, ce seront environ 80 000 pièces, dont la moitié en calibres mécaniques. C’est un bel équilibre, mais il ne se vérifie pas par segments, avec une clientèle à 65% féminine. Je sens toutefois une légère évolution : je pense que nous serons rapidement à 60/40. Concernant nos L.U.C., manufacture, nous en réalisons environ 4000 par an, et je ne souhaite pas que cela augmente. Pour ce qui est des pièces Poinçon de Genève, cela ne dépasse pas 800 pièces par an ».

 

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Les calibre L.U.C. représentent le segment manufacture des gammes horlogères de Chopard. © WorldTempus / Olivier Müller


2016 en ligne de mire
« En 2016, nous sortirons une pièce majeure, compliquée, qui fêtera les 20 ans de la collection L.U.C. D’ici là, en 2015, nous sortirons une nouvelle 1000 Miglia, notamment un modèle à mouvement maison. Pour ce qui est des matériaux, nous réserverons les titane ou la céramique pour de la haute fréquence. Ailleurs, ça ne me semble pas pertinent. Reste la question du gousset... Nous en avons fait en 2010, puis en 2014, mais je n’ai pas le sentiment que cela s’installe de manière pérenne ».

Des certifications multiples
« Nous agissons à l’heure actuelle sur trois certifications : le label Qualité Fleurier, qui comporte en son sein un passage au COSC, ainsi que le Poinçon de Genève. En 10 ans, nous avons soumis et obtenu la certification de 1000 pièces à Qualité Fleurier. Cela fait de nous le principal contributeur à ce label. Nous y avons beaucoup appris, il très exigeant, beaucoup plus que les autres, avec de vrais tests au porter. Les pièces cumulant les trois certifications sont rares, nous n’en avons fait que 100, il y a deux ans ».

 

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Le laboratoire de test de la Fondation Qualité Fleurier. © WorldTempus / Olivier Müller


Fairmined, un travail de longue haleine
« L’or équitable est un procédé difficile, qui requiert un circuit de conception et réalisation totalement dissocié des autres pièces. Pour le moment, nous ne sommes pas très nombreux à avoir adopté le label Fairmined. J’ai toutefois des échos suivant lesquels l’initiative se propage. Ce qu’il faut, c’est qu’il y ait une vraie pression des industriels pour faire avancer les choses. A ce moment, les mines seront obligées de s’y mettre. Certains clients y sont sensibles, prêts à commander, même avec un surcoût que l’on estime entre +10 et +15%. De notre côté, nous sommes en train de mener des études pour travailler suivant cette certification à plus grande échelle ».

Le Swiss Made, un équilibre complexe
« Personnellement, je voulais monter son taux à 70% (60% aujourd’hui, ndlr). Oui, c’est une initiative que j’ai défendue. Je me suis personnellement rendu à Berne pour faire du lobbying. Je comprends toutefois la problématique de certains industriels. J’ai une connaissance dans la construction ferroviaire qui, s’il devait appliquer ce taux, devrait fermer boutique. C’est compliqué ».