Ruben Mira s’est montré très discret à Baselworld ce printemps.  Bien que la marque y ait eu un stand au Palace,  les questions ouvertes autour de la restructuration de l’entreprise ont empêché le CEO nouvellement nommé de s’exprimer publiquement sur son nouveau rôle et les perspectives de développement de la marque. La structure de l’entreprise étant désormais clarifiée  (pour l’instant en tout cas, Ruben Mira dirige seul la marque), WorldTempus a interrogé le CEO sur sa stratégie.

WorldTempus: En préambule, pouvez-vous clarifier la situation de Cyrus ?
RM : Cyrus reste une entreprise indépendante.  Je n’aime pas utiliser le terme de manufacture dans le sens horloger, et je préfère parler de notre mouvement maison – développé et produit par Chronode – une entreprise indépendante qui travaille pour d’autres marques aussi mais avec laquelle nous entretenons une relation privilégiée.

 

« Je veux garder le design du modèle Klepcys pour toutes les montres à venir ».

Quels sont vos plans à court terme pour la marque ?
Il nous faut clarifier l’identité de la marque avec nos détaillants et nos clients. Les prix ont trop augmenté et c’est ce qui fait la différence. Une montre a son juste prix, mais dès que le client commence à s’interroger sur le prix et se demande s’il est trop haut ou trop bas,  alors il y a un problème. Avant, les clients s’attachaient davantage au nom de la marque, mais depuis 2008,  ils sont plus attentifs au prix. Je pense que notre identité est bonne et même si nous nous concentrons sur l’innovation, cela ne signifie pas nécessairement qu’il nous faut sans arrêt changer le design de nos produits.  En plus d’inquiéter nos détaillants, cela augmente nos coûts de production. Je souhaite donc garder le design du modèle Klepcys pour toutes nos futures montres, et le décliner en plusieurs tailles.

 

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Klepcys. © Cyrus


Et pour le développement de produits ?
Pour les montres jusqu’à  CHF 50'000.-,  ma stratégie se base sur un design fort. Au-dessus de ce prix,  nous pouvons apporter des innovations, peut-être davantage horlogères qu’avant. Après tout, il est difficile de justifier un prix de CHF 100'000. – pour une montre qui n’a pas de tourbillon. Notre stratégie en matière de produits est claire pour les 3-4 années à venir : une nouvelle montre chronographe avec alarme est prévue pour l’année prochaine ; elle sera suivie par un double tourbillon squelette et par une version plus petite de la Klepcys.

Sur le plan marketing, comment allez-vous vendre la marque ?
Je ne suis pas pour les partenariats avec des personnalités car je veux que notre identité reste neutre. Lorsque les gens voient telle ou telle personne associée à une montre dans une publicité, ils en viennent automatiquement à penser que la montre n’est pas trop chère. Je veux éviter ce piège.
Nous devons aussi trouver le bon équilibre entre exclusivité et construction sur le long terme. Je pense que la notion d’exclusivité a perdu un peu de son charme dans l’industrie du luxe. Un hôtel 5 étoiles est-il encore exclusif ? Un vol en business class et une voiture de luxe sont-ils encore exclusifs quand de plus en plus de gens peuvent se les offrir ? Il me semble que s’il y a eu une telle explosion de montres et de voitures vintage, c’est justement parce qu’elles représentent une véritable exclusivité.
 

Cyrus-developpement

Développement de produits chez Cyrus. © WorldTempus / Paul O'Neil