Il y a chez Dior ce que l’on montre et ce que l’on garde pour soi. Paradoxe : la collection Chiffre Rouge, pensée pour le grand public, a été d’abord été conçue comme un produit restreint à un cercle d’amateurs avertis. Car le « chiffre », contrairement à ce que l’on pense, est avant tout une histoire de...lettres.

Aux origines secrètes du Chiffre Rouge

Pour le comprendre, il faut remonter aux origines du mot « chiffre ». C’est ce qu’a fait Hedi Slimane, inspirateur de la collection. Lui seul avait vu, en 2004, que le mot ne signifie pas ce qu’il paraît. Car un « chiffre » fut, il y a bien longtemps, la signature lettrée de la noblesse, cet entrelacement d’initiales que l’on apposait sur le linge de maison, l’argenterie. En somme, une héraldique en succession des armoiries et blasons. Au tournant du XVe siècle, le « chiffre » est même défini comme « une écriture secrète, un code » (Alain Rey, 1995).

Et le rouge, dans tout cela ? C’est l’une des quatre couleurs primaires de Dior Homme, avec le gris, le blanc et le noir. On les retrouve toutes et de manière quasi-exclusive dans les collections horlogères du Chiffre Rouge.

Liberté créative

Aujourd’hui, Dior n’a nullement dévié de cet axe créatif inspiré par Hedi Slimane. La Chiffre Rouge est une collection libre, volontairement déphasée d’avec le calendrier haute couture de la maison mère. A la Chaux-de-Fonds, lieu de création et d’assemblage de la collection, on ne se préoccupe pas de savoir quand aura lieu la prochaine Fashion Week. Et la maison n’a pas émis le moindre souhait de fêter ses 10 ans avec une édition limitée, comme l’aurait fait n’importe quelle autre marque.

 

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Les Ateliers horlogers de Dior à La Chaux-de-Fonds. © Dior

 

En somme, le Chiffre Rouge est libre. On ne lui impose ni calendrier ni canevas esthétique. A ceux qui chercheraient désespérément quel est ce fameux chiffre rouge, cherchant un 8 ou autre, l’effort est vain. « Le plus souvent, nous mettons la date en rouge, mais pas toujours », souffle la maison. « Cela dépend du matériau choisi, au nombre de quatre, avec l’acier et les trois ors. Tout est question d’esthétique, notre seul leitmotiv ».

Esprit de famille

Au final, ses détracteurs diront qu’il est bien difficile de saisir la collection Chiffre Rouge d’un seul tenant. Et ce sera vrai. Chaque modèle est librement interprété par la maison selon sa volonté créative du moment.

Pourtant, on détecte certaines constantes, à commencer par le format exclusivement rond ou la boîte asymétrique, fermement enserrée dans de larges cornes. Ensuite, le maître mot serait la sobriété : date, chrono, phase de Lune forment l’essentiel des complications additionnelles. Une étonnante montre à huit fuseaux horaires vient troubler la nomenclature : la T01, sortie en 2010. Un « T » sorti de nulle part qui vient en complément des MACI : M pour les montres à mouvement manufacture, A pour les modèles de base, C pour les modèles dotés de plusieurs complications, I pour les Irréductibles, surnom interne, presque affectif, donné aux collections limitées.

Aujourd’hui, la Chiffre Rouge reste motorisée par ses premiers calibres, inchangés depuis 10 ans : Zenith pour les chronos et l’esprit manufacture, ETA, et Soprod, qui a développé en exclusivité pour Dior le fameux Calibre Inversé, dont la masse oscillante coiffe le cadran. Et demain ? « Tout est possible », conclut-on chez Dior. Le père de la collection, Hedi Slimane, a rejoint Yves Saint Laurent, mais son œuvre a muri et s’ouvre aujourd’hui à une nouvelle décennie.

 

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La T01, dotée de huit fuseaux horaires, sortie en 2010. © Dior