Le 8 décembre, Artcurial a mis aux enchères environ 69 lots lors d’une vente intitulée « Panerai Only », première vente aux enchères publiques consacrée à la marque italienne.
La vente comprenait des montres fabriquées de 1930 à nos jours. Nonobstant ses ambitions commerciales, elle visait également à donner plus de visibilité à une enseigne dont l’histoire et la production ont été entourées de mystère pendant des années en raison de ses liens avec l’armée.

« La marque mérite d’être mieux connue du public », a déclaré Marie Sanna-Legrand, experte au département horloger d’Artcurial. « Depuis sa création, Panerai a fabriqué des montres de plongée insolites. Il nous semblait naturel de lui consacrer une vente peu avant son 80ème anniversaire. »

Le 80ème anniversaire en question fait allusion à la naissance de la Radiomir, la première montre conçue par Panerai en 1936 pour les plongeurs de l’armée italienne. La marque elle-même remonte à 1860 lorsqu’elle a commencé sous forme d’une petite  boutique flanquée d’un atelier et d’une école d’horlogerie, fournissant essentiellement des instruments de mesure et des montres de plongée pour la marine italienne.

En 1997, la Compagnie Financière Richemont a acheté Panerai, qui fabrique aujourd’hui ses propres mouvements et assemble ses montres dans sa manufacture de Neuchâtel, en Suisse.

En chiffres absolus, la vente n’a pas été spectaculaire. Elle a atteint € 1'014'010 (prime comprise) contre une estimation de € 1'325'800 (prime non comprise), avec seulement 43% de lots vendus et 63% de la valeur réalisée. « 80% des pièces historiques ont été vendues », a réagi Romain Reda, spécialiste externe mandaté par Artcurial pour obtenir des consignations et préparer le catalogue. « Les éditions limitées se sont également bien vendues aux collectionneurs et aux revendeurs. C’est le moyen de gamme, des pièces entre € 3'000 et € 15'000, ce que l’on appelle des pièces de deuxième main, qui ont eu moins de succès. Environ 20% d’entre elles ont trouvé preneur. C’est un phénomène que nous avons observé partout sur le marché horloger », a-t-il ajouté.

Selon la maison de ventes aux enchères, deux records du monde ont été enregistrés. Le lot 52 : une montre de plongée, en édition limitée exceptionnelle et rare de 1956, est partie pour € 125'800 ; et le lot 38, un modèle Radiomir PAM00021 (réédition de la Radiomir de 1938), montre-bracelet en édition limitée de 1997 avec un mouvement Rolex, vendu à € 103'500. Toutes deux ont trouvé preneur au prix de leur plus basse estimation. Deux autres modèles, les lots 25 et 40, datant des années 1950, équipés de mouvement manufacturés par Rolex, ont été achetés au prix le plus bas de leur estimation, à € 101'000.

 

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Panerai Radiomir Egiziano, 1956, vendue pour 125 800 €. © Artcurial

« Nous avons réussi à rassembler des pièces historiques qui retracent l’histoire de la marque et les étapes importantes de la production », a réagi M. Rea. « Il fut un temps où il y avait peu d’acheteurs pour les montres Panerai. Aujourd’hui il y a un cercle grandissant de collectionneurs et cette vente a contribué à l’élargir. »

Informer le public et augmenter le nombre de collectionneurs grâce à une appréciation des mérites de la marque peut aider à combler le fossé existant avec les plus importants vendeurs du marché : Patek Philippe et Rolex. Le résultat global de la vente Panerai est indéniablement bien pâle comparé à celui que peut générer une vente Patek ou Rolex.

Quelques semaines seulement avant la vente « Panerai Only », Sotheby’s a vendu la Supercomplication Henry Graves pour presque 24 millions de dollars. En novembre dernier, la vente Christie’s consacrée exclusivement à Patek à l’occasion de son anniversaire a rapporté 19,7 millions de dollars. Une année auparavant, la vente Christie’s dévolue à Rolex intitulée « Rolex Daytona Lesson One » avait atteint 13 millions de dollars.

Tandis que Christie’s et Sotheby’s évitent les ventes à thème unique avec d’autres marques que celles qui marchent le mieux, des maisons comme Artcurial peuvent creuser leur propre niche sur le marché et capter des clients qui n’ont pas les moyens de s’offrir une Rolex ou une Patek rare.

« Les ventes horlogères thématiques sont une stratégie à laquelle nous croyons et que nous poursuivrons à l’avenir », a conclu Mme Valade, Directrice du Département Montres et Joaillerie chez Artcurial.