C’est à partir de la mi-avril que les catalogues des maisons de vente aux enchères internationales représentées à Genève commencèrent à être distribués à la communauté des collectionneurs. Après un examen des montres mises en vente, on pouvait rapidement déduire que cette vente de printemps serait excellente.

D’abord, il s’agissait d’une sélection variée comprenant un nombre exceptionnellement élevé de nouvelles découvertes -  à savoir, des montres que l'on n'avait encore jamais vues mises aux enchères auparavant. Ensuite, c'était un lot de pièces de collection de grande qualité, en très bon état ou originales. Finalement, je ne me souviens pas avoir vu autant de montres susceptibles d’atteindre le "Top Ten" que les maisons d’enchères publient après les ventes. D’habitude, un ou deux noms extrêmement en vue  dominent ces "Top Ten", alors que pour cette session, une dizaine de noms émergeaient. Je le considère comme une preuve de la variété du marché et du nombre presque illimité de goûts différents et de domaines de collections. N'oublions pas que 200 ans exactement séparaient les montres les plus anciennes adjugées pour des sommes record des plus récentes !

En général, le marché se divise en trois segments principaux : les montres à gousset anciennes – allant de la fin de la Renaissance jusqu’aux dernières années du XIXe siècle; les montres de poche vintage et les montres-bracelets datant du début du XXe siècle jusqu’en 1980 environ, et les montres-bracelets contemporaines, produites après les années 1980. Ce printemps,  toutes ces catégories ont engendré de fortes mises et atteint des résultats record.

Au niveau du palmarès, les vedettes du segment des pièces les plus récentes furent des marques comme A. Lange et Söhne, avec le Tourbillon « Pour le Mérite »  adjugé CHF  437’000 chez Christie’s, soit environ trois fois son estimation initiale à CHF 150'000,  correspondant à peu près à son prix de vente en 1998. Cette montre prouve combien des modèles supérieurs esthétiquement et techniquement,  et en édition limitée,  continuent à s’apprécier à la hausse.
On trouve également au palmarès des meilleures ventes une version joaillère de la "Reine de Naples", vendue CHF 161'000 par Sotheby’s, soit quatre fois son estimation. Cette montre a aussi démontré que les femmes amatrices d’horlogerie étaient en train de rejoindre le marché, un domaine longtemps tenu exclusivement par la gent masculine. Des modèles plus avant-gardistes, comme la RM006 Tourbillon édition limitée de Richard Mille, ont également suscité un grand intérêt, comme l’atteste son prix de vente de CHF 177 ‘500, soit plus du double de son estimation.

 

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Tourbillon “Pour le Mérite”. © A.Lange & Söhne


Dans la catégorie des montres anciennes et des chefs-d'œuvre historiques de haute horlogerie, deux pièces se sont détachées : d'une part, la charmante tabatière-automate musicale,  avec décoration émail,  de Piguet & Capt, vendue à un collectionneur  privé pour CHF 749'000, et d’autre part,  la montre historique "Comte Potocki", un tourbillon 1-minute de Breguet – considéré comme étant le tout premier -, adjugée  pour CHF 821’000.  Qui a dit que "l’ancien était démodé" ?

 

Musical automaton snuff box with enamel decoration by Piguet & Capt.

Boîte à prisée musicale en or et en émail Piguet & Capt. © Sotheby's


En termes de quantité et de valeur, les montres-bracelets d'époque et les montres à gousset ont dominé ces ventes du printemps. En plus des deux traditionnelles marques vedettes - Patek Philippe et Rolex,  les deux seules du "Top Ten" avec des prix de vente dépassant le million de francs suisses – on trouve plusieurs marques réputées à la poursuite de ce chiffre magique.

Personnellement, je me souviens avec émotion des deux montres Vacheron Constantin, extraordinairement élégantes, vendues par Sotheby CHF 305’000 et CHF 173’000 respectivement. Tandis que la première était une des toutes premières worldtimer chic, avec son boîtier en or bicolore de 1933,  la seconde était un triple calendrier incroyablement gracieux, avec phases de lune et indication de la réserve de marche. Je félicite le(s) nouveau(x) propriétaire(s ?) qui ont eu la vision de débourser pour elles une somme équivalant à dix fois leur estimation,  et d’être convancus d’avoir bien fait. Je ne me rappelle pas avoir vu des pièces comparables sur le marché depuis des années et je ne pense pas qu’elles aient été payées trop cher. Notons aussi le nouveau record réalisé pour une montre-bracelet Panerai, ayant appartenant à l'Amiral Birindelli, et adjugée pour CHF 425’000.

J’ai été heureux de constater que les montres et les garde-temps Cartier étaient de plus en plus recherchés.  La charmante montre Tortue Chronographe Monopoussoir de 1929,  a été vendue CHF 100'000 par Christie’s, un résultat bien mérité,  environ deux fois et demie au-dessus de l’estimation initiale, alors que la montre-bague Art Déco, sertie de diamants, a atteint CHF 149'000 chez Sotheby, soit presque cinq fois son estimation.

Pour terminer, notons que les deux protagonistes principaux - Patek Philippe et Rolex -  n'ont certainement pas déçu leurs plus fidèles adeptes, grâce  à une offre particulièrement riche. Les vedettes furent à mon avis l’unique Répétition Minute, de forme coussin, de Patek Philippe. Cette montre a été acquise par un collectionneur privé pour CHF 1'205’000, tandis que la probablement unique Oyster de Rolex, avec cadran en émail cloisonné,  a atteint la somme record de CHF 1'097’000,  soit à peine CHF 10’000  de moins que le record mondial pour une Rolex vendue aux enchères.

 

Patek-Philippe montre-bracelet répétition-minutes en platine

Unique Cushion-Shaped Minute Repeater, by Patek Philippe, sold CHF 1,205,000. © Christie's

 

Quel est le point commun entre tous ces protagonistes? Ils ont comme dénominateur commun le mot " qualité".  Que ce soit la qualité du design, l’ingéniosité technique, l’état original ou la rareté.