Worldtempus: Lors des cinq dernières années, le Forum de la Haute Horlogerie a abordé les notions spécifiques du temps. Pour la première fois, l'édition 2014 du Forum regarde spécifiquement vers l’avenir.  Comment définissez-vous les sujets années après années et quels sont les facteurs pris en considération ? Comment le thème de cette année,  "What’s next", a émergé ?

Fabienne Lupo: Les cinq précédentes éditions du Forum de la Haute Horlogerie ont exploré différentes notions du temps: le temps de changer, le temps de repenser, le temps d’agir, le temps de partager et le “temps du paradoxe”.  Ainsi, ces thèmes ont posé les bases d’une réflexion sur ce que l’avenir nous réserve.
 
Le thème de ce 6e Forum est “What’s next”. Nous devons nous préparer à faire face aux générations futures, à de nouvelles technologies, à de nouveaux marchés, à de nouveaux horizons, à de nouveaux investisseurs et à de nouveaux challenges. Le monde de demain sera different du monde d’aujourd’hui. Alors que nous sommes simplement en train de l’imaginer, les jeunes générations sont en train de le créer.
 
Telles sont les questions légitimes auxquelles ce Forum de la Haute Horlogerie se propose de répondre à travers une analyse de ce nouvel environnement et de ses principaux protagonistes, à savoir la nouvelle génération qui porte nos espoirs sans avoir peur de les défier. “What’s Next” est assurément la question que nous devons nous poser.

 

How Comment voyez-vous le rôle de soutien tenu par le FHH auprès de ses membres concernant l’éducation et/ou la communication avec les Milleniales, les clients de demain de la Haute Horlogerie?
 
Les Millenials, nouvelle génération émergente sont les futurs clients de nos marques, et ils vivent une vie très différente des générations précédentes en termes d’identité, d’imagination, d’attitudes et de comportements  de consommation.  Ils sont nés avec Internet et ne conçoivent pas la vie sans être "connectés".
Dès lors il devient de plus en plus important pour les Maisons horlogères d’expliquer l’envers du décor. Ce qui se cache derrière le cadran d’une montre mécanique et quelles sont les valeurs culturelles et scientifiques qui font de la Haute Horlogerie un monde à part.
 
Ceci est d’autant plus vrai pour les jeunes générations bercées d’électronique. Cela explique en partie les efforts de Communication réalisés par les maisons de luxe et marques horlogères pour exister sur de nouveaux médias comme les réseaux sociaux et d’interagir, de nouer le dialogue avec cette nouvelle génération.

Nous avons d’ailleurs choisi cette année d’ouvrir nos portes à quelques Millenials justement, des jeunes étudiants sélectionnés par les écoles partenaires de la Fondation (l’EPFL, EHL, l’ECAL, HEG, HES, HEC et Sup de Luxe), l’occasion certainement de beaux échanges de points de vue.

 

Le Forum de la Haute Horlogerie n’a pas peur d’aborder la question brûlante des smartwatches. Ceci étant dit, considérez-vous cela comme une menace pour la haute horlogerie ou est-ce possible pour les deux de coexister sur le poignet ?

De tout ce que l’on a pu entendre depuis que la montre connectée d’Apple a été présentée, je pense que l’on peut en déduire deux ou trois enseignements intéressants. Sur le fond, ces nouveaux produits n’apportent pas de réels avantages par rapport à un téléphone intelligent si ce n’est qu’ils deviennent plus  « immédiats » car portés au poignet. Et ceci reste vrai quelle que soit la force de son design. Deuxième constat : au niveau du fonctionnement, il subsiste encore de gros points d’interrogation, notamment en ce qui concerne l’autonomie et l’étanchéité de ces montres. Il n’en reste pas moins que ces smartwatches vont certainement ouvrir de nouveaux marchés et devenir probablement très concurrentiels dans ce que l’on peut appeler l’entrée de gamme horloger.

Représentent-ils une menace pour la Haute Horlogerie ? Je répondrais de façon nuancée car on ne parle tout simplement pas des mêmes produits. Certes, il s’agit de montres qui donnent l’heure et bien d’autres choses pour les smartwatches mais qui ne répondent ni aux mêmes envies ni aux mêmes motivations. Je parlerais plutôt de guerre de poignets ! Ces montres connectées sont plus proches de l’ordinateur avec des fonctionnalités « utiles » alors que d’un autre côté on parle de garde-temps avec un savoir-faire ancestral faisant appel à des métiers d’art. Le débat va être intéressant là autour car nul ne peut prédire l’avenir.  Il faut rester vigilant !