David Chokron: Greubel Forsey est spécialisé dans le tourbillon. Et voici que vous lancez un Quantième Perpétuel. Depuis combien de temps travaillez-vous sur le sujet?
Stephen Greubel: Le sujet du quantième nous occupe, Robert Greubel et moi, depuis le début de notre collaboration, en 1999. Nous avons déjà travaillé sur un QP grand format pour un planétarium. Nous n’avions pas de limites de volume donc nous avons utilisé des solutions qui ne sont pas intégrables dans une montre bracelet. Mais c’était intéressant, cela nous a permis de bien amorcer le sujet, d’étudier en détail les défis du QP. Et nous savions que nous voulions revenir dessus.

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Greubel Forsey Quantième Perpétuel à Equation au porter. © WorldTempus / David Chokron

 

Que fallait-il faire évoluer ?
Quand on étudie les QP existants, ce sont trois petits guichets pour les indications, répartis sur le cadran. C’est logique puisque c’est une miniaturisation du système conçu pour la montre de poche. C’est une planche additionnelle, qui fonctionne très bien. Mais il est monodirectionnel, on ne peut que faire avancer la date, et les indications sont dispersées. On s’est dit que si l’on veut faire quelque chose, il faut que ce soit intéressant pour l’utilisateur. En tant que jeunes horlogers, nous avions vécu des retours de SAV, des quantièmes déréglés, qu’il fallait recorriger à la main, ce qui faisait beaucoup de manipulations. Nous voulions faciliter l’utilisation pour le client, qui doit se faire plaisir dans l’interaction et au niveau lecture. Le système doit être accessible, clair, toujours à la même place.

En pratique, qu’est-ce que cela signifie ?
Nous avions déjà exposé au SIHH 2012 notre moteur de quantième perpétuel EWT, notre plateforme de développement technique. Nous avons travaillé sur un système de codage du quantième perpétuel pour le rendre utile pour le collectionneur. Les indications sont simples et synchronisées. Si on avance la date par la couronne, toutes les indications avancent ensemble. Jusque-là tout va bien. Mais si on veut reculer, c’est beaucoup plus complexe de maîtriser les corrections dans les deux sens. Pour nous, c’était un objectif d’encoder le jour, la date, le mois et l’année.

Et on peut modifier la date à n’importe quelle heure ?
Ce modèle possède un indicateur des heures où il ne faut pas modifier le quantième. Nous voulons donner à l’utilisateur un maximum de confort, alors nous avons décidé que nous allions changer ce point.

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Greubel Forsey Quantième Perpétuel à Equation, détail d’affichage du QP. © WorldTempus / David Chokron

 

«Nous savions que nous voulions revenir sur le quantième perpétuel.»

Quel est son prix ?
CHF 670'000.-. Si l’on considère le travail, ce quantième est unique. Il n’existe que trois quantièmes perpétuels bi-directionnels sur le marché et aucun n’est pré-encodé. Et nous ne faisons pas le calcul comme ça. Il y a 570 composants décorés. Et pour arriver à ce résultat, il y a des années de travail, d’expérience, de vérification, de prototype. On aurait aussi pu faire un quantième perpétuel à planche additionnelle. Mais celui-ci est totalement intégré dans un mouvement entièrement nouveau. Il possède un tourbillon incliné 24 secondes pour la bonne marche, mais la comparaison avec nos autres mouvements finit là. C’est un nouveau rouage, un nouveau système de mise à l’heure, et de nouveaux barillets. Bien sûr, la photo ne permet pas de comprendre le prix. Il faut creuser pour comprendre ce qui est derrière.

Et l’équation du temps ?
L’indication de l’équation du temps existe depuis des siècles. Elle utilise une came en forme de haricot. Mais elle ne donne pas d’indication sur la trajectoire de la terre autour du soleil. Nous avons confectionné un nouveau système où l’on voit la coïncidence de l’heure solaire et de l’heure moyenne. Deux disques superposés donnent les points d’intersection clairs et donnent également les équinoxes et solstices. On comprend que notre trajectoire autour du soleil est irrégulière.