Les résultats du Swatch Group pour le premier semestre 2014, publiés le 22 juillet, sont plutôt décevants.  Malgré une légère augmentation des ventes,  le groupe a enregistré une baisse de 8,8%  de son résultat opérationnel sur les 6 premiers mois de l’année. Il explique que « les dépenses importantes en marketing pour les Jeux Olympiques de Sotchi » sont un des facteurs qui ont contribué à faire chuter sa marge opérationnelle à 20,2%. Si ces chiffres sont comparables à ceux de concurrents comme Richemont et LVMH, force est de constater qu’Hermès s’en tire bien mieux avec une marge de 30%, qui semble se maintenir cette année.

WorldTempus a demandé à Luc Perramond, CEO de La Montre Hermès,  comment la marque parvenait à maintenir de si hautes marges et une croissance au-dessus de la moyenne.

 

Luc Perramond La Montre Hermès

Luc Perramond, CEO de La Montre Hermès.


Chez les grands groupes, les marges sont de plus en plus importantes parce que comme la croissance des ventes ralentit, couper dans les dépenses devient primordial.  Comment Hermès fait-il pour conserver une si grande marge de profit ?
Nos marges de profit EBIT sont au-dessus de 30%, un chiffre assez incroyable que les autres grands groupes nous envient. C’est le résultat d’une gestion stricte des coûts.  Un exemple en est notre utilisation du cuir de crocodile : bien qu’il en résulte beaucoup de déchets, nous avions l’habitude de ne découper que 2 bracelets dans la partie de la peau de l’animal qui a les plus grandes écailles.  Depuis que nous avons commencé à utiliser aussi le cuir des flancs, où les écailles sont plus petites, ce sont  4 ou 5 bracelets que nous découpons dans une seule peau, ce qui fait une grande différence.

De plus, notre approche marketing est différente des autres marques. Notre maison se distingue par sa créativité ; nous essayons de transmettre les valeurs de la marque dans de beaux produits qui, nous l'espérons, plairont à nos clients. Nous ne produisons aucun article basé sur une étude de marché.


La réintroduction de l’argent dans les collections horlogères en est un bon exemple…
Exactement. Nous ne l’aurions jamais fait si nous avions suivi une étude de marché. Nous essayons plutôt de développer des produits conformes à la tradition de la maison, et nous avons pensé que ce nouvel argent qui ne se ternit pas était une prestation légitime à offrir à notre clientèle. Pour nous, il était tout à fait logique de le lancer, même s’il est un peu à contre-courant de la mode.

La même chose s’est produit avec la montre Faubourg : nous avons lancé une montre toute petite alors que tous les autres produisent des montres pour dames de plus en plus grosses. C’est notre avantage sur les autres marques : nous faisons dans l’inattendu et nous surprenons.

 

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Cape Cod Tonneau Silver: cette année à Baselworld, Hermès a présenté un nouvel alliage d'argent qui ne ternit pas, spécialement conçu pour l'horlogerie. © Hermès


Votre collection Le Temps Imaginaire va-t-elle offrir d’autres surprises de la sorte?
Bien sûr ! Cette collection s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes car son concept est universel. C’est aussi pour cette raison que nous avons lancé un modèle Le Temps Suspendu en 38mm, en plus de la version originale en 43mm. Nous avons reçu une forte demande de la part des femmes.
La saga va continuer car elle représente pour nous un territoire stratégique plus poétique et philosophique. Ce n’est pas quelque chose que l’on trouve chez les autres marques et nous allons donc continuer de présenter de nouveaux concepts. Nous en avons 2 ou 3 en projet et je pense que d’ici un an et demi à 2 ans, vous en verrez un !