Leroy est une société d’origine française. Aujourd’hui est-elle « made in France » ou « Swiss made » ?
Charles-Basile Leroy a ouvert la première boutique en 1785 sous les arcades du Palais Royal à Paris. L’histoire de la marque s’est poursuivie jusqu’au XXème siècle et connaît aujourd’hui une renaissance.

Leroy appartient au groupe Festina depuis 2004. En 2010 nous avons pris la décision de nous installer à Besançon, autrefois capitale de l’horlogerie française et où se trouvait l’atelier de Leroy en 1889. A cette époque il était important pour les horlogers de Leroy d’être proches de leurs fournisseurs suisses et de l’Observatoire de Besançon avec lequel la marque souhaitait collaborer.

Au début notre idée était de fabriquer les mouvements Leroy en Suisse et d’assembler les montres en France. Nous avons depuis reconsidéré cette décision et nous nous sommes installés à la Vallée de Joux, au Sentier, où Festina dispose d’une usine. Cela nous permet d’arborer le label « Swiss Made », qui constitue pour nous une meilleure rampe de lancement.

Avec quelles autres marques peut-on comparer Leroy ?
Leroy a une histoire très riche. De nombreuses marques, que je ne nommerai pas, s’inventent un passé pour se donner une crédibilité. Tandis qu’il existe des montres signées Leroy et des archives authentiques qui retracent son histoire jusqu’au XVIIIème siècle.

La famille d’horlogers Leroy a créé des pièces exceptionnelles pendant des générations. Et cela explique pourquoi elle comptait parmi sa clientèle des noms illustres comme Napoléon Bonaparte, Winston Churchill, la Reine Victoria, Dwight Eisenhower, Antoine de Saint-Exupéry, et même Debussy et Matisse. Tout cela est conservé dans nos archives.

Aujourd’hui, à mon sens, les marques comparables à Leroy en haute horlogerie sont A. Lange & Söhne, Kari Voutilainen, Laurent Ferrier et Philippe Dufour, qui créent des montres magnifiques de façon artisanale.

 

1922 , World’s First automatic wristwatch made for Sir David Salomons, signed L.Leroy & Cie

1922 , World’s First automatic wristwatch made for Sir David Salomons, signed L.Leroy & Cie © Mr Michel Villars/ L.Leroy

 

En novembre prochain, Sotheby’s va vendre aux enchères la montre à grandes complications Henry Graves. Parmi toutes les pièces historiques de Leroy, quelle est la plus remarquable ?
La « Leroy 01 », qui fait partie des collections du Musée du Temps de Besançon.

En 1867, Leroy a fabriqué une montre à neuf complications qui a beaucoup impressionné les collectionneurs du monde entier et en particulier le comte russe Nicolas de Nostitz, qui a décidé d’en commander une plus complexe encore, à 11 complications. Cette montre a été présentée à l’Exposition Universelle de Paris en 1878, puis livrée au Comte Nostitz.

En 1896, après la mort du comte, le docteur Antonio Augusto de Carvalho Monteiro, un collectionneur portugais, a acheté la montre. Il a demandé à Leroy d’ajouter encore d’autres complications. Leroy a présenté la nouvelle montre à 24 complications à l’Exposition Universelle en 1900, où elle a remporté le grand prix.

La Leroy 01 est restée la montre la plus compliquée au monde jusqu’en 1989, lorsqu’elle a cédé cet honneur au calibre 89 de Patek Philippe.

 

1900 , LEROY 01 “world’s most complicated watch for almost a century”, signed Leroy & Cie

1900, Leroy 01 « la montre la plus compliquée pendant presqu’un siècle », signée L.Leroy & Cie © Mr Renaud Sterchi / Inox Communication/ L.Leroy

 

Dans les années 1970, avec la révolution du quartz, Leroy a un peu disparu, tout comme d’autres marques de montres mécaniques. Comment voyez-vous la suite de l’histoire de votre marque ?
Leroy a beaucoup fait dans les domaines de la chronométrie, des sports, de l’armée et de la marine. Le défi pour nous était donc de définir un angle pour notre développement futur.

Nous avons choisi la voie de la précision chronométrique. La principale raison d’être d’un mouvement mécanique est sa précision. On peut toujours ajouter des complications poétiques, mais il nous a semblé que, pour être crédibles, nous devions continuer sur la voie de la précision.

Nous avons l’intention de produire 800 à 1'000 pièces par an durant les prochaines années avec des prix oscillant entre CHF 25'000 et 200'000, nonobstant les grandes complications.

Dans l’intervalle nous devons nous faire connaître auprès des détaillants. Notre réseau de distribution est pour l’instant limité. Nous sommes présents chez Dubail à Paris, chez Hausmann à Rome, chez Pisa à Milan, chez Morini à Forte dei Marmi et bientôt chez Antoine de Macedo à Paris.

Nous avons une magnifique carte à jouer et tout est en train de se mettre en place.

1788, Marie-Antoinette’s Travel clock with alarm, signed Charles LE ROY, which she offered to her lover Count Fersen

1788, Marie-Antoinette’s Travel clock with alarm, signed Charles LE ROY, which she offered to her lover Count Fersen. © Mr Michel Villars / L.Leroy