Pour une marque qui produit déjà ses propres calibres haut de gamme en interne,  le passage aux mouvements de base est inhabituel.  Bien que l’offre des principaux fournisseurs risque de se raréfier dans le futur, d’autres offrent des mouvements de plus en plus précis -  la précision étant une des principales exigences de ces calibres qu’on appelle « tracteurs ». Dès lors, pourquoi entreprendre ce laborieux travail de production en interne ? Et pas seulement une, mais deux fois, puisqu’IWC  dévoile les prototypes de deux mouvements cette semaine, les calibres 69000 et 42000.

Pour Stefan Ihnen, Directeur Recherche et Développement chez IWC,  il s’agit simplement d’un choix, même si celui-ci requiert des investissements considérables et un travail de développement à long terme.  « Les montres qui disposent de notre calibre 52 coûtent toutes plus de 10'000 francs suisses et s’inscrivent clairement dans le segment « manufacture », explique-t-il. « Les deux nouveaux mouvements ne possèdent ni le spiral libre ni le système de remontage Pellaton. Ils sont très proches de ceux que fabriquent ETA ou Sellita, mais notre stratégie est de nous donner le choix entre des mouvements externes et une option interne, ce que nous n’avions pas jusqu’à présent. »

 

IWC calibres 42000 69000

New IWC calibres 42000 and 69000. © WorldTempus / Paul O'Neil

Avec la fiabilité comme souci primordial, il n’était pas suffisant de tester les prototypes des nouveaux calibres 42000 et 69000 seuls.  La chaîne semi-automatique complète d’assemblage de ces mouvements a également été testée en laboratoire;  elle sera désassemblée pièce par pièce avant d’être remontée dans les ateliers de Schaffhouse où les nouveaux mouvements seront assemblés. Près de 100 prototypes ont déjà été fabriqués dans le cadre de cette procédure de test et 100 autres suivront dans un second temps. « Sur les 100 prochains prototypes, 20 seront testés au poignet et les autres subiront un contrôle sur 500 heures, dans des conditions de porter », précise Stefan Ihnen.

Quand la production commencera, ce ne sont pas des centaines mais des milliers de pièces qui seront fabriquées, raison pour laquelle la qualité et la fiabilité doivent être parfaites. « Dans l’idéal, il faut que la fiabilité soit atteinte lorsque nous lançons la production en série », ajoute Stefan Ihnen, « et ainsi il n’y aura pas de problème. Nous visons des modèles comme les Aquatimer et les montres Pilot, par exemple, qui sont produites en grandes quantités.  Franchir le pas de leur intégrer un nouveau mouvement est une décision importante et le mouvement doit être fiable et précis. »

Les nouveaux calibres se distingueront aussi de leurs concurrents par leurs finitions. Fidèle à l’esprit de son fondateur américain, Florentine Ariosto Jones, qui chercha à industrialiser l’horlogerie, IWC a conçu ces nouveaux mouvements avec une esthétique différente de ceux produits à Granges ou à La Chaux-de-Fonds. « Même si nous avons nos propres décorations, comme la masse oscillante en or ou les vis bleuies, nous venons du monde industriel », explique Stefan Ihnen. « Notre fondateur avait déjà en tête d’industrialiser la production horlogère et cela ne nous pose donc aucun problème si nos mouvements possèdent un caractère industriel. Si certaines marques prêtent une attention minutieuse aux finitions de leurs mouvements, notre priorité reste la précision et la robustesse.  Cela fait partie de l’héritage d’IWC et je crois que si nous faisions davantage de finitions et de décorations, ce serait trop. »