On change tout, mais on ne change rien. Voilà, en résumé, la feuille de route d’Olivier Müller chez Leroy. Le CEO, en poste depuis près d’un an, s’apprête à faire vivre à la marque l’un des plus importants virages de son histoire contemporaine. Les ambitions sont claires : parvenir au point d’équilibre de 500 pièces par an, puis de voguer en vitesse de croisière au double. L’objectif n’a donc jamais changé, mais Olivier Müller a revu la trajectoire pour y parvenir.

Avant Bâle : six mois et quatre imposants dossiers

Quatre dossiers sont actuellement posés sur le bureau du CEO. Le premier, le plus important, concerne la refonte des gammes Leroy. Il n’y a plus de mystère que le prochain Baselworld sera déterminant pour son avenir. Pour convaincre, séduire, les collections vont faire peau neuve. La majorité des gammes 2014 ne se retrouvera donc pas en 2015. « Nous allons complètement redéployer deux nouvelles lignes, reposant sur deux nouveaux mouvements manufacture », explique Olivier Müller. « Une première ligne sera le porte-drapeau de la manufacture, avec notamment un gros travail tant sur l’échappement que sur les finitions. Nous serons plus chers sur ces gammes mais la restitution historique de l’héritage Leroy est un devoir, sur la R&D comme sur des finitions qui devront dépasser ce dont les collectionneurs ont déjà l’habitude ».

 

Olivier Müller, CEO de la Manufacture Leroy. © Leroy

 

Alors que cette ligne haut de gamme se positionnera entre 150’000 et 200’000 CHF, une seconde viendra ancrer la marque en des eaux plus abordables : « Nous sommes encore en phase de développement du second calibre maison qui servira de socle à cette collection, mais nous nous positionnerons vers les 35’000 CHF », confie Olivier Müller.

On ne sait rien de plus, pour le moment, de ces nouvelles collections. Seul le fameux Chronomètre de pont, qui matérialise l’ancrage maritime de la marque, sera reconduit. Les deux nouveaux calibres manufactures seront des chronomètres. Le premier, un chronomètre à tourbillon; le second un chronomètre avec le même échappement, mais sans force constante. Le chronographe suivra ultérieurement. Les modèles ainsi créés seront déclinés entre 38 et 41 mm. Un choix de modestes gabarits qu’Olivier Müller revendique pleinement : « Ce sont des diamètres intemporels dont l’on aurait parfois mieux fait de ne pas s’éloigner. Si une maison comme Patek Philippe y est toujours restée fidèle, ce n’est pas sans raison... ».

 

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Osmior LL104_2. © L.Leroy

 

Transformation de MHVJ

Le second dossier, c’est le développement produit. En sus de ses fonctions chez Leroy, Olivier Müller a officiellement pris il y a quelques jours la responsabilité de MHVJ, l’outil industriel de Leroy... et que le CEO rebaptisera donc très prochainement « Manufacture Leroy ». Ses compétences seront en priorité destinées à la marque du même nom, mais pas seulement. « Nous allons conserver nos partenariats externes », confirme Olivier Müller, « ne serait-ce qu’envers nos propres marques de groupe ». En filigrane, le CEO évoque Perrelet, dont la délicate conception des Turbines est d’ores et déjà rapatriée au Sentier, chez Leroy.

Troisième dossier : le retour à l’interne de certaines compétences. Sur la partie mouvement, donc Bureau Technique, c’est l’ex-Corum Laurent Besse qui a repris les commandes du développement produit, une force créative audacieuse qui saura apporter à Leroy ce nouveau souffle recherché par Olivier Müller.

Enfin, sur la partie T2, qui comprend notamment la finition, Leroy devrait rapidement s’entourer de ses propres artisans pour terminer les garde-temps de la marque. Et de prévenir : « Nous allons aller très loin dans la recherche de la finition ultime, reprenant des manières de faire éteintes depuis deux siècles ».

 

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Les turbines des montres Perrelet seront dorénavant réalisées à l’interne, au sein de ce qui s’appellera dans les prochaines semaines « Manufacture Leroy ». © Worldtempus/Olivier Müller

 

Tout sur la chronométrie

Enfin, quatrième dossier : la notoriété de la marque. Leroy s’apprête à s’engager sur le terrain inattendu des réseaux sociaux pour faire mieux connaître la manufacture. On retrouve un procédé qu’Olivier Müller avait déjà employé avec succès chez Laurent Ferrier. Il devrait lui permettre de s’affirmer sur certains marchés devenus difficiles au cours de l’année, comme l’Asie et la Russie.

L’Europe reste toutefois de la même importance : « C’est notre marché natif », rappelle Olivier Müller. « Nous sommes Swiss Made et j’ai effectivement pris la décision de relocaliser la marque au Sentier pour des raisons évidentes de cohérence, mais Basile Le Roy était français et nous continuerons, comme nous l’avons toujours fait, de faire certifier la précision de nos pièces  à l’Observatoire de Besançon. Leroy, père de la chronométrie, sera plus que jamais notre axe de développement futur ».