Contemporain et partenaire d’Abraham-Louis Breguet, Louis Moinet (1768-1853) est une légende de l’horlogerie. En mariant l’art et l’horlogerie de façon unique et en créant des montres qui ne ressemblent à aucune autre – une gageure de nos jours -  Jean-Marie Schaller a fait aujourd’hui de Louis Moinet une marque dont l’illustre horloger aurait été fier.

Quel est le secret du succès de la marque ? « Travail et inspiration », répond Jean-Marie Schaller. « Nous écrivons aujourd’hui les nouveaux chapitres d’une histoire qui a commencé il y a deux siècles, avec les mêmes valeurs et la même langue. Mes projets préférés sont Memoris, parce que c’est un pont entre hier et aujourd’hui,  et Meteoris, parce qu’il est tellement fou ! C’est un planetarium avec tourbillon qui comprend d’authentiques morceaux de Lune, de Mars et de la plus ancienne météorite jamais trouvée sur terre »

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Memoris. © Ateliers Louis Moinet

A Baselworld, le stand de Louis Moinet n’a pas désempli du matin au soir, accueillant  clients et détaillants venus s’informer sur la marque. « J’aime les contacts avec nos amis et clients », avoue Jean-Marie Schaller, tout sourire. « Quand un nom prend de l’importance – ce qui est notre cas – les relations changent, un peu comme un enfant dont les besoins évoluent au fur et à mesure qu’il grandit ».

« Les affaires marchent magnifiquement bien, en dépit de la mauvaise conjoncture économique », poursuit le CEO. « Nous avons réussi à créer assez d’enthousiasme et de nouvelles émotions pour convaincre le marché ».

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Meteoris. © Ateliers Louis Moinet

Une de plus grandes joies de Jean-Marie Schaller est le développement de nouveaux projets dans l’esprit de la tradition de Louis Moinet. « Notre concept, c’est l’art mécanique en éditions limitées à 1, 12, 60, 120 ou 365 pièces. Il est primordial pour moi que nous honorions l’héritage de Louis Moinet et que nous écrivions de nouveaux chapitres de son histoire, comme s‘il était encore vivant. Nous ne sommes pas une marque commerciale, mais une vraie maison avec une tradition authentique. Pour nous, cela signifie que nous sommes reconnus et que nous gagnons en respectabilité. Je sens que nous allons dans la bonne direction. Je veux que la marque Louis Moinet soit une alternative créative, pas trop classique, quelque chose de vraiment spécial .»

 

"Les Américains qualifie l’horlogerie suisse d’« industrie de chalet"

Elevé dans le Jura, berceau de l’horlogerie,  Jean-Marie Schaller a pour ainsi dire les montres dans le sang. « Venant des montagnes jurassiennes, je sais qu’une montre est le fruit d’un patrimoine », explique-t-il. « Penser que tant d’artisans ont mis tout leur coeur à confectionner ces petites machines qu’on porte au poignet est fascinant. Les Américains qualifie l’horlogerie suisse d’« industrie de chalet », parce qu'elle est dispersée dans des lieux différents, des petits chalets et ateliers répartis dans ces montagnes. Cela les fait certainement sourire, eux qui étaient les maîtres du temps à la fin du 19e siècle. En attendant, Waltham et d’autres leaders mondiaux ont disparu (saviez-vous qu’Henry Ford avait visité l’usine Waltham pour en faire le modèle de son entreprise Ford Motor ?), la révolution du quartz n’a pas tué la montre mécanique suisse, et nous sommes toujours là. Même si les exportations suisses ne représentent qu’environ 2% du marché mondial, ces gens des campagnes et des montagnes suisses continuent de fabriquer des merveilles dans leurs chalets. C’est unique au monde, me semble-t-il ».

Face à l’Apple Watch, le CEO de Louis Moinet se dit confiant dans l’avenir. « Je pense que les montres mécaniques ont un bel avenir. Nous allons être de plus en plus envahis par l’électronique et le monde virtuel, mais les gens apprécieront aussi de plus en plus l’horlogerie. Le segment d’entrée de prix sera de plus en plus occupé par des marques de design, bon marché, et les montres connectées. Ce ne sera pas facile, et je pense qu’il leur faudra trouver une valeur ajoutée, comme l'a fait Swatch en son temps. »