WT: Au 10e anniversaire d’Hautlence,  on nous a présenté une feuille de route des projets  pour les cinq prochaines années,  qui vont sans aucun doute  nécessiter de gros investissements. Ils vont s’ajouter à ceux que vous avez déjà consentis depuis que vous avez racheté l’entreprise pour un franc symbolique, plus les dettes.  Et il y a aussi votre investissement chez H. Moser & Cie…

Georges-Henri Meylan: Certes, mais nous ne sommes pas tout seuls chez H. Moser & Cie, puisque les propriétaires précédents sont toujours engagés dans l’entreprise et continuent  aussi d’investir. C’était en fait une des conditions de notre engagement.  Bien sûr, nous avons pris un risque, mais il était calculé. Nous avons déterminé ce que nous étions prêts à investir et désormais il nous incombe de faire en sorte que cela marche. Deux ans après notre arrivée dans l’entreprise, nous sommes déjà rentrés dans nos fonds, et nous sommes donc satisfaits.

Quand pensez-vous générer un retour sur investissement ?
Avec cette partie de la holding (Hautlence),  notre objectif est de rentrer dans nos fonds d’ici à 2016. Nous y arriverons si le contexte économique ne se dégrade pas et si nos produits bénéficient d’un bon accueil. Cela semble être le cas, mais pour l’instant les montres sont encore dans les rayons…

Vous avez pris en charge deux marques complètement différentes, par leur histoire et leurs produits…
Une pure coïncidence... c'est arrivé comme ça, de par nos contacts. Ayant un œil sur le marché, nous avons repéré ces deux marques très différentes et pensé qu'elles pourraient bien se compléter. D’abord, elles ne sont pas en concurrence directe et ensuite, il est possible d’exploiter des synergies « en coulisses » pour développer une plateforme commune de mouvement. De ce fait, nous réduisons les coûts des deux côtés. De même, les deux marques sont distribuées en Asie par la même entreprise, ce qui crée aussi des synergies.
 

A part l’Asie,  existe-t-il d’autres marchés où vous souhaiteriez opérer de la même manière ?
Oui, nous aimerions faire de même aux Amériques. Il nous faut juste trouver le bon partenaire.

Et en Europe ?
En Suisse, tout se passe bien, et nous sommes aussi représentés en France, au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne. L’Europe n’est pas le marché le plus facile actuellement. Les meilleurs sont encore ceux d’Asie, même si en Chine, les choses se calment un peu.

En termes de visites sur WorldTempus, l’Inde fait partie des 5 premiers pays.  Un marché intéressant pour vous ?
Nous y sommes présents, mais les choses ne sont pas faciles là-bas en raison des fortes taxes douanières et de la difficulté d’importer des montres. Les Indiens qui ont les moyens d’acheter des montres voyagent beaucoup et les achètent à l’étranger.

 

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Georges-Henri Meylan et son épouse. © Hautlence

"Il ne s’agit pas de construire pour vendre ensuite, mais pour transmettre aux générations à venir. "

Le nom de MELB Holding vient des prénoms de vos trois enfants. Une façon de transmettre un héritage ?
Tout à fait.  Il ne s’agit pas de construire pour vendre ensuite, mais pour transmettre aux générations  à venir. Nous sommes cinq dans la holding – ma femme, mes trois enfants et moi – et chacun possède les mêmes parts. Nous avons fait ainsi sachant qu’un jour je finirais par passer au second plan. Je vais avoir 70 ans dans quelques mois et il est temps de commencer à passer le flambeau, petit à petit.

Quel est votre rôle dans les affaires quotidiennes, et en quoi se distingue-t-il de votre précédente position de CEO d’Audemars Piguet ?

En tant que Président du conseil d’administration j’examine les chiffres chaque trimestre. Je participe aussi bien sûr aux séances produits parce qu’on trouve mes avis utiles, mais je ne travaille qu’à temps partiel. Mon rôle est essentiellement celui d’un coordinateur ; mes relations dans l’industrie me permettent de mettre les gens en contact, que ce soit pour la production, la clientèle ou les relations avec la presse.  C’est principalement mon carnet d’adresse qui est intéressant pour les plus jeunes,  parce qu’il représente le travail de nombreuses années.

Projetez-vous d’augmenter le portefeuille des marques de la MELB Holding ?
Peut-être. Nous sommes actuellement dans une période de consolidation.  Nos entreprises ont besoin de se développer et si nous commençons à générer des bénéfices, nous les investirons dans quelque chose d’autre. Plutôt que de garder l’argent, le but est de développer l’entreprise. Les opportunités ne manquent pas et la place non plus entre les deux marques que nous avons déjà.