La seconde main a le vent en poupe. Le monde du luxe en général, et celui de l’horlogerie en particulier, n’ont pas échappé à l’incroyable cote d’amour de la clientèle pour le marché de l’occasion. La raison principale de cet engouement : le prix. La possibilité d’acquérir une montre entre 15 et 50 % moins cher qu’au prix du neuf ne cesse en effet d’attiser l’appétit des amateurs d’horlogerie.

Quelques chiffres en disent long sur l’ampleur de ce marché fructueux. En 2012, Cresus, le leader français dans l’achat et la vente de montres et bijoux de luxe d’occasion, annonçait pour ses 20 ans avoir dépassé les 10 millions d’euros de chiffres d’affaires et les 20 000 montres vendues. Une entreprise en pleine croissance qui, en continuant de miser sur sa stratégie cross canal (combinant internet et boutiques physiques), vise les 15 millions d’euros de CA en 2015. Du côté du site Chrono 24,  les chiffres sont tout aussi impressionnants. Environ 175 000 montres d’occasion proposées par quelque 8500 vendeurs sont visibles en permanence sur ce portail internet incontournable créé en 2003.

 

Chrono24

Page d'accueil du site chrono24. © Chrono24

Les cartes sont rebattues
L’intérêt croissant du public pour les montres de luxe d’occasion et les facilités offertes par internet ont eu pour effet de rebattre les cartes de la distribution. Les maisons de ventes aux enchères se positionnent plutôt sur les pièces recherchées par les collectionneurs tandis que les montres de moindre importance dont les prix oscillent généralement entre 5000 et 20 000 CHF restent de préférence dans le giron des sociétés spécialisées dans l’occasion. Mais le marché n’est pas si figé qu’il en a l’air. Il bouge, les stratégies et les règles du jeu se compliquent et les frontières ont tendance à se flouter. Christie’s a ouvert son propre watch shop sur le net. De son côté, Sotheby’s a annoncé cet été un partenariat avec ebay pour diffuser ses ventes aux enchères auprès des 145 millions d’abonnés au célèbre site d’enchères en ligne. Un véritable changement de paradigme pour le marché du luxe d’occasion dans lequel il n’est pas toujours évident de s’y retrouver.

Un achat encadré

"Certaines pièces restent à peine quelques heures en boutique"

En marge des géants mondiaux qui proposent un service peut-être trop impersonnel qui peut parfois se révéler assez périlleux, certains clients peu aventureux préféreront se tourner vers des marchands indépendants ou se faire accompagner par des experts. En chair et en os…  Installé à Genève depuis 13 ans, Laurent Ponti est spécialisé dans la vente de montres de luxe en seconde main. Son crédo : exclusivité, crédibilité et qualité. « Je suis très sélectif sur les marques », assure-t-il. Patek Philippe, Audemars Piguet, IWC, Omega, Vacheron Constantin, Breguet, Rolex, Jaeger-LeCoultre et Panerai sont les maisons qu’il représente. Dans sa boutique, il tourne avec un stock d’une centaine de modèles et vend environ 400 montres par an. « Certaines pièces restent à peine quelques heures en boutique, confie Laurent Ponti. Pour d’autres, il faut un peu plus de temps. Les  montres des années 1970 ont un peu plus de mal. » Un constat partagé par Vanessa Chicha, co-fondatrice d’Iconeek.

 

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Fabien et Vanessa Chicha, fondateurs d’Iconeek. © DR

Egalement installé place Longemalle à Genève, mais cette fois dans un showroom à l’étage d’un immeuble cossu, Iconeek est né début 2014 de la conjugaison des expériences horlogères de Vanessa (de Gorski, Jaquet Droz) et de son mari, l’expert horloger Fabien Chicha (Antiquorum, Christie’s, Hôtel des Ventes de Monte Carlo). La force de ce nouveau venu sur le marché du vintage : l’expertise et le prix. « Chez nous, vous vous offrez un expert », souligne Vanessa Chicha qui assure un achat encadré sur une montre expertisée, à moindre coût. « Nous prenons les montres en dépôt, poursuit la directrice d’Iconeek. Cela nous permet de ne pas immobiliser l’argent et donc de pratiquer une commission moindre, de 15% seulement sur le prix hors taxes. » Ce modèle qui combine internet et showroom fait déjà ses preuves. « Entre la publication d’une montre sur le site et le moment où la montre est payée au vendeur, il s’écoule en moyenne un mois et demi. » Un tournus ultra rapide dont se félicitent déjà Vanessa et Fabien Chicha. « On dit qu’il faut deux ans pour être bénéficiaire. Nous l’avons été dès le premier mois d’activité ! » La seconde main a de beaux jours devant elle…