Désormais bien connue dans l’univers de la maison, la rose Yves Piaget déploie à nouveau ses mille pétales délicats sur les cadrans de trois Altiplano dévoilées en toute discrétion au SIHH. Pas de grande annonce, en effet, pour Piaget qui étoffe sa collection Art & Excellence dédiée aux Métiers d’Art. La marque s’inscrit simplement dans la parfaite continuité des efforts engagés ces dernières années en matière de préservation des savoir-faire d’exception. Placées entre les mains expertes d’artisans au sommet de leur art, les trois roses laissent éclater leur beauté éternelle à travers des techniques artisanales qui intriguent autant qu’elles fascinent.

La technique la plus connue, et néanmoins l’une des plus exigeantes, est l’émail grand feu, ici associé à l’art de la gravure. La base du cadran est tout d’abord gravée en relief du motif de la rose Yves Piaget. Les différentes hauteurs de la gravure dont la surface est alors recouverte d’émail appliqué par couches successives permettent d’obtenir des tonalités de rose plus ou moins claires. Après plusieurs cuissons, opérations magiques et hautement périlleuses tant leur réussite tient à une précision exemplaire de la part de l’émailleur, l’étape du polissage final permet d’offrir aux pétales de la rose des couleurs chatoyantes.

 

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Altiplano Rose émail grand feu. © Piaget

Tableau pointilliste

"Il faut de la folie et une certaine ouverture d’esprit pour faire ce métier. "

Nettement moins connue, surtout dans l’univers  de l’horlogerie où elle fait une première apparition, la technique du micro-pointillisme rehaussée de filet d’argent s’invite sur le cadran d’une des trois nouvelles Altiplano. Ce type de broderie est un art séculaire dont les origines remontent sans doute à la tradition byzantine et que perpétue la brodeuse française Sylvie Deschamps. Elle s’est attelée à cet art comme on entre en religion. Avec passion et détermination. « Rien ne m’arrête, tout m’encourage, raconte-t-elle. Ce qui me fait prendre chaque jour mon bâton de pèlerin, ce sont toutes les possibilités que m’offre mon métier. Il faut de la folie et une certaine ouverture d’esprit pour faire ce métier. » Il lui en a fallu, en effet, de cette douce folie qui donne l’énergie de relever les défis les plus improbables, pour broder le cadran de la nouvelle Altiplano. Et, surtout, une maîtrise parfaite de son art. Rarement l’expression « doigts de fée » aura été si appropriée…

 

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Altiplano Rose broderie. © Piaget

La réalisation d’une telle broderie nécessite une quarantaine d’heures de travail. Toutes les étapes sont minutieuses. Après avoir tracé le motif sur la soie blanche, Sylvie Deschamps souligne les contours de chaque pétale au filet d’argent, ce qui permet par la suite de donner de la profondeur au dessin. Le travail se poursuit à l’intérieur des pétales, toujours de l’extérieur vers l’intérieur. Cinq fils de soie allant du fuchsia au rose pâle et une multitude de points noués permettent d’obtenir le camaïeu recherché. Le résultat évoque le style des peintres pointillistes.  Précis, éblouissant de maîtrise… Un chef d’œuvre horloger que Piaget propose à seulement huit exemplaires.

Marqueterie de pierre dure
Le troisième modèle Altiplano Rose met en lumière un autre métier d’art, celui de la marqueterie de pierre dure. Un savoir-faire maîtrisé par de très rares artisans, notamment quand il s’applique à un espace aussi réduit que le cadran d’une montre. Artiste et artisan, le sculpteur lapidaire Hervé Obligi a réalisé un travail absolument exceptionnel pour dompter la matière minérale et, tel un délicat puzzle, a assemblé un à un les pétales de jaspe impérial du Mexique qui composent la rose Yves Piaget. Cette pierre dure, dont les nuances se déclinent du rose pourpre au rose tendre, offre une richesse de tonalités étonnantes qui tranchent avec le blanc pur de la cacholong dont est constituée la base du cadran.

 

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Altiplano Rose marqueterie de pierre dure. © Piaget

 

" Le travail des tailleurs de pierres dures du Taj Mahal rapporté à l’horlogerie."

La réalisation d’un tel cadran nécessite quatre semaines de travail. Tout commence par la pierre brute dont les blocs sont débités en lames très fines d’à peine 1mm d’épaisseur. Les pétales sont ensuite découpés à l’aide d’un archet tendu d’un fil d’acier imprégné d’abrasif afin de pouvoir être assemblés, collés les uns aux autres avec une résine, puis, ultime étape, polis. « La plus grande difficulté repose sur le fait de créer de beaux dégradés de couleurs sur une si petite forme, souligne Hervé Obligi. Chaque étape est périlleuse et j’ai dû recommencer plusieurs fois avant d’obtenir ce résultat. » Pour envisager le degré de difficulté, il suffit d’imaginer l’incroyable travail des tailleurs de pierres dures du Taj Mahal rapporté à l’échelle de l’horlogerie. Un pur miracle d’élégance et d’harmonie décliné en huit exemplaires uniques.