En arrivant à Polo Club de St Tropez, c’est Pablo Mac Donough qui reçoit, en jeans et baskets, avec un anglais coloré d’espagnol. Rien d’étonnant, mais cela aurait pu être l’inverse : jusqu’à son grand-père, et comme son nom de famille le trahit, les Mac Donough étaient une famille 100% irlandaise dont les membres « ne se mariaient qu’entre eux », avoue l’intéressé. Depuis deux générations, du sang argentin s’est mêlé à ces Irlandais pure souche. Et avec Pablo, la famille compte désormais un champion du monde de polo.

Rois des médias et amis intimes
La stratégie d’ambassadeurs de Richard Mille peut dérouter. Dans la colonne des incontournables, l’homme s’affiche tout en haut des disciplines à fort potentiel médiatique : voile, golf, tennis, auto. Mais en marge, il y a talents inconnus du grand public.
A l’hyper-médiatique Rafael Nadal, très investi dans la conception de ses « RM », s’oppose ainsi Pablo Mac Donough, total inconnu du public et qui avoue n’avoir « absolument pas participé à l’élaboration » de sa RM 053 – « je suis joueur de polo, pas horloger », sourit l’intéressé. A la controversée Natalie Portman, la moins engagée des amis de la marque, on opposera Michelle Yeoh, qui n’est autre que la femme de Jean Todt...lui aussi ambassadeur maison ! Les coups de cœur familiaux restent donc dominants, même si la dimension business est très nette : Richard Mille investit 2,5% de son chiffre d’affaire dans ses ambassadeurs, soit environ 4,5 millions d’euros.

 Pablo Mac Donough

Pablo Mac Donough à l’oeuvre à St Tropez, mi-juin. © Richard Mille

Une affaire de famille
La passion motrice de Richard Mille reste fortement ancrée dans l’automobile. C’est là que la marque s’investit le plus : Sébastien Loeb, Jean Todt, Rallye des Princesses, Le Mans, Lotus F1, Felipe Massa, Romain Grosjean et d’autres encore. Cette passion mécanique n’est pas celle d’une marque mais de l’homme, Richard Mille lui-même, féru d’automobile. Le modèle d’ambassadeurs de la maison repose donc d’abord sur ses amitiés personnelles. Toutefois, même lorsque la marque s’est développée, Richard Mille a conservé cette primauté amicale avec ses ambassadeurs.

Depuis 2012, Pablo Mac Donough incarne lui aussi cet esprit de corps. « Richard et moi nous sommes rencontrés par le biais d’un ami commun », rapporte le champion, « lui aussi très bon joueur argentin ». En ce cas pourquoi le rapprochement ne s’est-il pas fait avec cet ami plutôt qu’avec Mac Donough ? « Parce que je suis professionnel, et lui amateur. Pour Richard, ça faisait la différence ».
Pour le cavalier argentin également aussi, semble-t-il. Car lui aussi fut en son temps largement courtisé, notamment par Rolex avec qui il entretient toujours d’excellentes relations, grâce à son épouse qui en fut salariée. On imagine aussi l’approche d’une Jaeger-LeCoultre, dont la Reverso incarne l’esprit polo depuis 85 ans. L’avantage a toutefois tourné en faveur de Richard Mille, qui y a trouvé un intérêt immédiat, car la saison de Mac Donough s’étire en trimestres répartis entre Dubai, l’Angleterre et l’Argentine, soit autant de représentations au plus près de ces marchés adressés par la marque.

Pablo Mac Donough

Théorie et pratique du polo avec Pablo Mac Donough. © Richard Mille

Confidences d’amis
Au final, c’est la confidentialité qui rapproche Richard Mille du polo. « Je ne suis pas aussi connu que Rafael Nadal, le polo n’est pas aussi populaire que le tennis, mais Richard Mille est elle aussi relativement confidentielle. Nous nous comprenons, j’aime ne pas être un simple numéro dans une grosse machine commerciale », conclut Pablo Mac Donough.
Au fil des rayons de soleil couchants sur le Polo Club de St Tropez, on en oublierait presque de parler de la RM 053 Tourbillon de l’intéressé. « Oh, il n’y a pas grand chose à dire », élude Pablo Mac Donough. « Au tout début, il y a trois ans, j’ai perdu une aiguille. L’équipe de Richard me l’a remise. Depuis, plus rien, et je la porte tous les jours ». Voilà bien le meilleur « témoignage client »...d’un ami.

Richard Mille RM53

La RM 53, unique pièce éditée à 12 exemplaires par Richard Mille, conçue comme une armure pour résister à la violence du polo de Pablo Mac Donough. © Richard Mille