Dans un bureau situé à l’angle d’un immeuble anonyme mais fonctionnel donnant sur une usine Breguet au Sentier, Romain Gauthier a expliqué ses projets de développement à Worldtempus, sur fond de musique jazz émanant d’une chaîne haut de gamme.

 

“Les gens n’apprécient pas nos capacités à leur juste valeur. Nous voulons devenir une micro marque avec une philosophie de haute horlogerie.”

Cette année, explique-t-il, son objectif est de « transformer son image de petit horloger indépendant en micro marque ». « Si nous réussissons, ce sera un grand pas ». Contrairement à beaucoup d’autres marques, les fondements de Romain Gauthier en tant que mini manufacture ont été posés il y a longtemps. L’entreprise utilise des machines ultra modernes (Romain Gauthier les appelle les « Rolls Royce » des machines horlogères, elles fonctionnent dans une pièce climatisée dont la température ne peut fluctuer que de plus ou moins un degré Celsius) et fournit des composants à de grands noms de l’industrie horlogère depuis plusieurs années. Cette activité de manufacture représente la part du lion du business encore aujourd’hui, en approvisionnant « trois grandes marques, ainsi que deux autres. » La production pour la marque Romain Gauthier ne représente que 30% de la capacité manufacturière de la compagnie.

 

Romain Gauthier Paul O'Neil

Romain Gauthier, dans son atelier de production. © Philippe Perret du Cray / Worldtempus

 

Petit volume, grande qualité
Cela équivaut à la production d’environ 60 montres par année, raison pour laquelle la marque affiche actuellement une liste d’attente d’un an. Ce faible volume s’explique aussi par l’énorme quantité de travail que requiert une montre Romain Gauthier, comme le modèle Logical One qui a remporté le Prix de la complication pour homme au Grand Prix d’Horlogerie de Genève en 2013. « La Logical nécessite un travail si considérable que c’est une profession à part. Ce n’est pas quelque chose qu’un horloger peut faire seul », explique Romain Gauthier.

 

Romain Gauthier - Hand chamfering and polishing

Les composants sont méticuleusement anglés et polis à la main chez Romain Gauthier. © Paul O'Neil / Worldtempus


Pour ne prendre que quelques exemples : il faut 20 heures de travail de finition uniquement pour le pont de barillet ; le mouvement entier comprend 40 angles intérieurs méticuleusement anglés et polis à la main ; les spiraux, qui arrivent à l’usine sous forme de ressorts concentriques bruts, sont réglés à l’interne par les horlogers maison.

 

Romain Gauthier movement decoration

Zoom sur les finitions minutieuses du mouvement HMS Prestige de Romain Gauthier. © Paul O'Neil / Worldtempus

 

Distribution sur mesure
Promouvoir sa « micro marque » n’est pas le seul défi auquel Romain Gauthier est confronté, car vendre des montres à une clientèle de plus en plus secrète et méfiante relève aussi de la gageure. « De plus en plus de clients ne veulent pas être vus dans les boutiques ou dans les cocktails », explique-t-il. C’est pourquoi il envisage une approche de distribution tout aussi personnalisée que ses montres.

« Je veux ouvrir notre propre boutique comme un point de vente secondaire mais avec un concept unique. Il n’y aura pas de vitrine, mais une distribution sur mesure. C’est nous qui nous mettrons en contact avec le client ».

Dans ce segment de prix particulier, où les clients paient leur montre beaucoup plus cher qu’une voiture de luxe, apparaissent de nouveaux modèles de distribution qu’il sera captivant de suivre. Tout comme il sera intéressant d’observer l’évolution de Romain Gauthier en tant que marque, qui célèbrera ses dix ans l’année prochaine et a plusieurs nouveaux projets importants à l’horizon.