L’argument selon lequel une montre mécanique fait bien plus que donner l’heure  (c’est celui que l’on cite pour défendre les montres mécaniques face aux montres connectées) se trouve renforcé par une sélection de montres dévoilées au SIHH et en marge du salon. Dans la stratosphère de l’horlogerie haut de gamme, les aiguilles sont en option.

 

Greubel-Forsey Art Piece

Pour une somme à 7 chiffres, vous avez le choix de voir ou pas l’heure. A gauche, seule l’indication de la réserve de marche est visible. En actionnant le poussoir à 2h, l’heure s’affiche discrètement dans un guichet séparé, comme le montre la photo de droite. © Paul O'Neil/WorldTempus

A propos de stratosphère, l’air n’y est pas beaucoup plus rare que dans l’univers de Greubel Forsey. Les Art Pieces fabriquées dans les ateliers de La Chaux-de-Fonds renferment chacune une microsculpture créée sur commande par l’artiste britannique Willard Wigan, MBE. D’ordinaire, ses sculptures prennent place dans le chas d’une aiguille, mais dans les Art Pieces de Greubel Forsey, elles sont logées dans un minuscule espace placé derrière une couronne spéciale et elles s’admirent grâce à un microscope intégré dans cette couronne, qui aggrandit 23 fois la sculpture.  Il est rare de voir ces montres « en vrai ». Seuls quatre exemplaires au cadran bleu ont été produits, et une deuxième version, en hommage à l’artiste Robert Filliou, a été dévoilée lors d’une exposition à Paris l’année passée.

 

Greubel-Forsey Art Piece Hommage Robert Filliou

L'Art Piece "Hommage à Robert Filliou" affiche le slogan du défunt artiste. © Paul O'Neil/WorldTempus

WorldTempus a eu le privilège de découvrir ces deux modèles lors d’une présentation privée chez Les Ambassadeurs, à Genève, juste avant que la dernière Art Piece, englobant la microsculpture d’un faucon, ne parte pour le SIHH.  Ces pièces méritent vraiment d’être contemplées de visu, car les photos ne parviennent pas à rendre le jeu des lumières,  la texture de l’image sous le microscope et les infimes détails des minuscules sculptures. Les amateurs d’horlogerie qui disposent d’un montant à 7 chiffres à investir dans de telles œuvres d’art ne sont sans doute pas chagrinés par l’absence d’aiguille sur le cadran. La rotation continue du tourbillon suffit à rappeler qu’il s’agit après tout aussi d’un chef d’œuvre horloger. En cas de besoin, appuyez sur le discret poussoir pour que l’heure s’affiche comme par magie au moyen de disques décalés par rapport au centre du cadran.

 

Greubel-Forsey Art Piece case backs

Les dos des boîtiers des deux Art Pieces: à gauche Art Piece No. 1 avec les signatures de Robert Greubel, Stephen Forsey et Willard Wigan; à droite, L'Art Piece Hommage à Robert Filliou est graveé des profils de tous les artistes qui ont collaboré sur le projet "Chapeaux! Hommage à Robert Filliou". © Paul O'Neil/WorldTempus

Avec ses 300'000 francs suisses, l’X-Trem 1 de Christophe Claret ne coûte qu’une fraction du prix de l’Art Piece de Greubel Forsey.  La dernière version de ce garde-temps, lancé en 2012, est une édition limitée de 8 pièces, en or gris et titane recouvert de PVD bleu ardoise. La montre est dominée par un tourbillon incliné mis en vedette à 6h et que côtoyent deux tubes – à gauche, celui des heures et à droite celui des minutes -  contenant chacun une petite bille. Tout le talent de Christophe Claret a consisté à faire se déplacer ces sphères grâce au magnétisme, une idée propre à horrifier tout horloger. Le résultat en est une sorte d’affichage rétrograde sans aucune connexion mécanique avec le mouvement. Les champs magnétiques qui font se mouvoir les billes n’ont aucune influence sur le mouvement et sont si précisément calibrés qu’un seul tapotement sur la montre suffit à libérer les sphères qui retombent au fond des tubes, afin de remettre la montre à l’heure ; l’opération  s’effectue au moyen d’un poussoir à peine discernable placé là où serait les 12h d’une montre conventionnelle.

 

Christophe Claret X-Trem1

L'X-Trem1 de Christophe Claret affiche l'heure au moyen de petites billes d'acier qu'un champ magnétique fait monter et descendre. © Christophe Claret

 

Basée à Neuchâtel, HYT est pionnière dans les montres à affichage fluidique. Jusqu’à présent, son module spécifique à fluide était utilisé pour l’affichage de l’heure sur le pourtour du cadran, les minutes restant indiquées dans un sous cadran traditionnel. Avec la nouvelle Skull,  les minutes disparaissent totalement et le ménisque entre deux liquides non miscibles (l’un coloré et l’autre pas) qui fait office d’indicateur des heures doit négocier les courbes du contour du crâne.  Faire circuler le fluide le long d’un cercle relevait déjà du défi ; avec cette nouvelle configuration, HYT a repoussé un peu plus loin les frontières de sa technologie innovante.

 

HYT Skull

Le défi consiste à faire circuler autour des courbes du crâne le fluide qui indique l'heure, à une vitesse garantissant la précision. © HYT