Pourquoi avoir décidé de devenir une marque à part entière ?
J’ai estimé que, par souci de durabilité mais aussi par ambition, la seule façon de faire fructifier mes idées serait d’aller au-delà d’une simple relation d’individu à individu pour créer une marque, ce qui implique un groupe de personnes beaucoup plus important bien sûr. Mais cela signifie aussi fabriquer davantage de montres, et par conséquent disposer d’une infrastructure pour faire tourner la boîte. Vous pouvez réaliser le plus beau produit du monde – et il n’a pas besoin d’être cher – si les gens ne savent pas que vous existez, vous êtes condamné.

 

"Je veux que davantage de gens sachent que j'existe"

Sur un plan plus personnel, cela change-t-il votre façon de travailler ? Le mot « marque » a-t-il immédiatement une connotation commerciale pour vous ?
Tout horloger doit être un commerçant, car si vous ne l’êtes pas vous ne pouvez pas nourrir vos enfants. Dès le moment où vous avez quelque chose à vendre, que ce soit un article, un livre ou une Swatch, cela devient du commerce. Lorsque les gens me demandaient si je voulais faire de la commercialisation traditionnelle, je répondais oui, bien sûr. Je veux que davantage de gens connaissent mon existence. Si je produis dix montres, les coûts sont énormes; si j’en produis cent, les prix deviennent accessibles à davantage de monde. Et les gens adorent ce que je fais, j’en suis très flatté.
La direction que nous avons prise m’a donné un nouveau souffle. Nos partenaires nous aident sur le plan commercial. Je ne m’occupe pas de l’indispensable gestion quotidienne et je peux me concentrer sur ce que j’aime le plus. Donc, en fait, c’est une libération, et non l’inverse.
 

Il paraît qu’une première montre pour dames est en projet. Quand la découvrirons-nous ?
Elle sera assurément à Bâle l’an prochain. Nous y travaillons en ce moment et nous savons vers quoi nous voulons aller. Les premières pièces devraient être finies à la fin de l’année et nous la lancerons en 2015. Lorsque je voyage, on me demande quand j’aurai un chronographe, une montre pour femme et une boucle déployante. Aujourd'hui nous avons le chronographe, nous aurons la montre pour femme l’année prochaine, mais paradoxalement nous n’avons pas de boucle déployante ! J’ai un croquis de plusieurs échantillons, mais ils sont tous nuls. Les meilleures sont prises par les plus grandes marques et elles en ont l’exclusivité, donc nous ne pouvons pas les avoir. Nous y travaillons.
 

Speake-Marin spirit seafire

Spirit Seafire, le premier chronographe de Speake-Marin. © Speake-Marin

 

Une fois que vous aurez la montre pour dames, qu’y aura-t-il ensuite ?
Oh, c’est sans fin ! C’est facile d’avoir des idées, ce qui est difficile c’est la fabrication, puis la distribution et la vente. J’ai un classeur Excel avec toutes mes idées. La raison pour laquelle j’ai autant de modèles, c’est que pendant les dix premières années, chaque fois que j’avais une nouvelle idée, je la concrétisais. C’était complètement ridicule et typique d’un individu créatif qui ne connaissait rien au business. Quand je regarde en arrière, je m’aperçois que cela crée une base incroyable que nous pouvons maintenant diviser en trois collections qui font sens. Cela semble presque intelligent, mais cela n’avait pas été conçu comme ça au départ.
L’année prochaine, nous lancerons également le modèle Mechanical Art No. 2 en plus de la montre pour dame. Et il y aura aussi une nouvelle montre à grande complication.