Dans les foires horlogères, les vitrines high-tech, les écrans vidéo et les horlogers au travail sont monnaie courante. Mais WorldTempus a été surpris de voir le Directeur du Design de Vacheron Constantin, Vincent Kauffmann, dessiner des boîtiers avec crayon et papier lors de l’exposition SIAR de Mexico. Un petit coin du grand stand de la marque était réservé à M. Kauffmann afin qu’il explique comment le processus de design fonctionne chez Vacheron Constantin, où les techniques traditionnelles sont encore importantes.

« Souvent ce type de croquis est réalisé après coup, une fois que la montre est terminée, explique Vincent Kauffmann, mais nous voulions prouver aux gens que nous procédons beaucoup plus rapidement. Cela commence avec une idée que nous couchons tout de suite sur le papier sous forme de contours, de volumes et de motifs que nous transmettons ensuite au designer digital 3D de l’équipe. Puis nous commençons à produire des boîtiers en 3D et obtenons les premiers échantillons en cire. Nous  commençons généralement l’impression en 3D dans la soirée et les modèles en cire sont prêts le lendemain matin. »

 

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Echantillons en cire. © WorldTempus / Paul O'Neil

 

"Il y a un problème si un designer n'arrive pas à exprimer son idée en quelques minutes avec un papier et un crayon.”

Au-delà de la rapidité de développement, il y a aussi une raison hautement esthétique de favoriser cette approche plus traditionnelle. « Il est important pour nous de garder cette spontanéité, dit le designer. Nous avons tendance à nous reposer de plus en plus sur la technologie et malheureusement ces ébauches deviennent rares. Je crois qu’il y a un problème si un designer n'arrive pas exprimer son idée en quelques minutes avec un papier et un crayon. »

Une autre considération importante est l’impact psychologique des dessins ultra-réalistes obtenus grâce à l’ordinateur. « Le problème avec cette technologie si sophistiquée est qu’elle donne parfois l’impression que la montre existe déjà et les équipes se sentent exclues du processus de création », explique M. Kauffmann. Quelle est la solution ? « Nous nous servons de gouaches pour donner aux dessins une qualité plus sensible. Cela fonctionne particulièrement bien avec les cadrans artistiques qui présentent une grande originalité. Personnellement, je préfère travailler sur ce genre de projet avec de la gouache plutôt que sur un écran d’ordinateur. »

 

Vacheron Constantin Patrimony

Patrimony 81180. © Vacheron Constantin


Une autre difficulté soulevée par les outils de création assistée par ordinateur est que les contraintes techniques induites par l’utilisation d’un certain type de boîtier ou de mouvement sont prises en compte dès le départ. Certes c’est un avantage évident pour accélérer le processus de design et éviter les problèmes éventuels, mais cela représente plutôt un frein pour les pièces artistiques par exemple. « Je préfère que les designers travaillent sur ce genre de pièces sans songer aux restrictions des métiers d’art afin qu’ils aient le maximum de liberté, dit Vincent Kauffmann. Ensuite nous travaillons ensemble avec chaque artisan pour déterminer si le design est faisable et même quelle technique nous utiliserons. »

Mais comment les visiteurs du SIAR de Mexico ont-ils réagi à cette démonstration ? Vincent Kauffmann, qui a refait plusieurs fois les mêmes croquis du modèle Patrimony pendant deux jours en expliquant, à l’aide d’un interprète, ce qu’il était en train de faire, a été étonné que certaines personnes lui demandent de signer des copies de ses croquis pour les emporter chez eux. « Ce n’était pas mon intention au départ, mais j’en ai fait quelques-uns pour des gens qui les ont ramenés à la maison et ils étaient ravis. Je pense qu’il y a une bonne dynamique maintenant dans les foires horlogères, où l’on voit souvent des artisans faisant démonstration de leur métier. C’est une splendide façon de communiquer et c’est un attrait majeur pour les visiteurs. »