Christie’s est sur le point de célébrer 40 ans de ventes aux enchères horlogères indépendantes à Genève en mai prochain. A cette occasion le catalogue comprend 314 lots allant du 16ème siècle à un passé plus récent, avec les habituelles cohortes de merveilles signées Patek Philippe et Rolex à des prix de réserve pharamineux dépassant le seuil des cent mille francs suisses.

L’estimation de 70'000 à 140'000 CHF pour une Rolex GMT référence 6542 fabriquée en 1958 montre que les cadrans « tropicaux » (c’est-à-dire sur lesquels le noir d’origine s’est transformé avec les années en une couleur veloutée brun chocolat) continuent de séduire les collectionneurs. Mais l’histoire et la rareté possèdent toujours un grand pouvoir d’attraction, pourvu que le nom sur le cadran soit Breguet, Patek Philippe ou Rolex.

Les vedettes
Pour Breguet, le clou de la vente est une montre de poche dont les archives de la marque indiquent qu’elle a été vendue à Pauline Bonaparte le 25 octobre 1813 pour la somme de 2'400 francs. Cette montre à répétition des demi-quarts, avec son cadran de 58 mm, semble un choix étrange pour une dame de l’époque. Mais son compartiment secret à portrait – hélas disparu depuis longtemps – suggère que la Princesse Borghèse l’a peut-être achetée en cadeau pour un amant. Cette montre est restée dans la même famille pendant quatre générations et son prix indicatif est de 90'000 à 180'000 CHF.

Breguet No. 2539

Breguet No. 2539. Montre plate à repetition des demi-quarts. © Christie's

Pour le plus grand plaisir des collectionneurs de Rolex, les mots  « Double Red » et « COMEX » promettent déjà beaucoup pour cette vente. Mais la vedette du spectacle pourrait bien être un modèle qui, précisément à cause de sa rareté, n’a pas de nom. Le lot no. 282 est une référence 6538, manufacturé en 1956, ce qui en fait l’un des premiers modèles Submariner jamais produit. En plus, les fervents passionnés de Rolex remarqueront une grande couronne et, fait très rare, un indicateur de profondeur rouge à six heures sans indication de pieds ou de mètres. Tout cela assorti d’une lettre originale révélant que cette montre était un cadeau du Sultan de Johore, plus le fait que la pièce soit demeurée dans son état absolument original, contribue à une substantielle estimation allant de 60'000 à 100'000 CHF.

Quant à Patek Philippe, la pièce maîtresse pourrait bien être aussi un modèle moins voyant. Malgré la présence d’une Skymoon référence 5002 (estimation : 650'000 à 1'300'000 CHF) et de la référence 5016 (estimation : 450'000 à 1 million CHF) légèrement moins compliquée, les collectionneurs importants seront probablement plus intéressés par la référence 3700/031 : une Nautilus en platine sertie de diamants. Cette montre était inconnue sur le marché et est probablement unique. Elle est de plus en parfait état et n’a visiblement presque jamais été portée. Thomas Perazzi, Directeur du département horlogerie chez Christie’s à Genève, a reconnu que l’estimation (200'000 à 400'000 CHF) avait été maintenue dans une fourchette basse afin d’attiser les convoitises. Christie’s a vendu un modèle similaire avec moins de diamants pour environ 700'000 CHF il y a tout juste deux ans.

Patek Philippe Nautilus in platinum with diamond-set bezel

Patek Philippe, ref. 3700/031, mouvement no. 1'308'349, boîtier no. 552'218 , fabriquée en 1982 Cal. 28.255 automatique, lunette sertie de 128 diamants Top Wesselton. © Christie's

Les héros méconnus
Ceux que ces prix effarants pour une montre bracelet rebutent ne devraient cependant pas se laisser complètement décourager. Thomas Perazzi nous assure qu’il y aura dans cette vente une multitude de montres accessibles à moins de 10'000 CHF. Il y a même une Blancpain à répétition minutes estimée à 15’000-25'000 CHF (lot no. 68) qui semble presque une bonne affaire. Le lot no. 230 est une aubaine pour les amoureux de Panerai : une PAM 372 de 2012 pour 4'000 à 6'000 CHF. 

Panerai PAM372

Panerai série limitée no. N1202/2000, réf. PAM00372, mouvement no. 567'958, nos. OP 6834 et BB 1'473'790, environ 2012. Cal. 6497-2 mouvement automatique, cadran brun. © Christie's

Le choix de votre serviteur se porte sur une bomb timer originale produite par Universal Genève pour l’armée de l’air italienne : 52mm de pure fonctionnalité, avec une énorme couronne en oignon, boutons de déclenchement et de redémarrage clairement conçus pour un usage militaire. On nous dit si souvent de nos jours que nous n’avons pas besoin de montre pour avoir l’heure, alors pourquoi ne pas acheter une pièce vintage qui n’a jamais été prévue à cet effet ?

Universal Genève bombardier's watch

Montre de bombardier de la deuxième guerre mondiale, fabriquée pour l'aviation italienne. © Christie's

Tendances futures
L’attrait des anciens modèles Patek Philippe et Rolex ne risque pas de diminuer tant que les plus grandes maisons de ventes aux enchères continueront de dénicher des modèles aussi rares que ceux qui seront présentés lors de la vente Christie’s à Genève au mois de mai. Mais Thomas Perazzi voit néanmoins émerger deux nouvelles tendances intéressantes : « C’est moi qui manie le marteau, donc je vois ce qui se passe dans la salle et j’ai remarqué une présence plus importante de femmes lors des ventes aux enchères ainsi qu’un nouveau penchant des connaisseurs pour l’acquisition et la collection de montres bracelets des années 1950 à 1970. Lors de la dernière vente à Genève, j’ai noté un intérêt croissant pour les montres Piaget des années 1950 et 1960, et nous en avons à nouveau quelques-unes cette année. »