J'essaie depuis un bon moment d’acheter un bracelet connecté Jawbone 3,  mais j’ai dû faire face à plusieurs reports de lancement du produit en Suisse. Imaginez donc ma frustration quand ma femme m’a transféré dernièrement un email annonçant la sortie de Jawbone 4 aux Etats-Unis ! Le texte de cet email tenait en deux phrases seulement. Voici la première : « Désormais, lorsque vos deux bras sont accaparés par les enfants et les courses, et votre esprit absorbé par le planning des tâches quotidiennes, il suffit de pianoter pour régler vos achats chez les commerçants qui acceptent les paiements « sans contact » par American Express".

Vous aurez noté l’adresse directe aux femmes. On ne parle pas de jongler avec des agendas débordés ou de payer le café pris en vitesse avant sa prochaine réunion. Aucune allusion non plus à des performances sportives enregistrées que vous souhaiteriez partager avec vos amis. Non,  juste les enfants et les courses…
Les femmes sont clairement ici la cible privilégiée pour les objets connectés à porter (« wearables »). Et on peut se demander si les marques horlogères, dont les premières montres intelligentes sont franchement et exclusivement dédiées aux hommes (à l’exception d’Alpina, qui propose quatre versions en taille réduite et serties de diamants des modèles masculins) ne ratent pas la bonne cible.

Montblanc est l’unique marque Swiss Made dont un « wearable » - et non une montre connectée -, l’e-Strap, arrive sur le marché en ce moment. J’ai donc posé directement la question à Alexander Schmiedt, Directeur de la division horlogerie de la marque. « C’est un point pertinent », répond-il, « car le but de l’e-Strap est de le combiner avec plusieurs modèles de notre collection. Si nous trouvons la bonne ligne esthétique,  on peut imaginer combiner l’e-Strap avec une montre féminine ».

Montblanc

Montblanc e-Strap. © WorldTempus /Paul O'Neil

Montre connectée ou bracelet connecté ?
Il semble que l’e-Strap de Montblanc soit une idée prometteuse.  N’étant pas fixé à la montre, il peut se porter sur n’importe quelle montre susceptible de recevoir le bracelet en cuir extrême NATO sur lequel il est attaché (on peut même retirer le module pour l’attacher sur tout autre bracelet). Cependant,  pour son lancement, Montblanc associe l’e-Strap à son nouveau TimeWalker Urban Speed Chronograph – et c’est bien compréhensible.
En fait, les gens veulent-ils vraiment une montre connectée ? « Depuis que certaines marques ont lancé leur smartwatch,  notre e-Strap suscite encore plus d’intérêt. Les gens réalisent qu’il est unique », explique Alexander Schmiedt. « Nous ne voulons pas faire une montre avec des éléments connectés, car cela implique qu’elle sera dépassée ou démodée après un an »

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Montblanc TimeWalker Urban Speed Chronograph. © WorldTempus / Paul O'Neil

Et Big Brother ?
Dans ce grand débat autour des montres intelligentes,  la question de la vie privée suscite étonnamment peu d’attention. Cette technologie à porter est à même d’enregistrer une foule de données personnelles que les marketeurs seraient avides de récolter. Après tout, ces objets connectés nous sont encore plus intimement liés que nos téléphones portables, qui recueillent déjà énormément de données personnelles. Combien de temps s’écoulera-t-il, par exemple, avant qu’un insomniaque ne soit bombardée de publicités pour des somnifères, sur la base des enregistrements de ses heures de sommeil?

L’e-Strap s'illustre par son respect de la vie privée. La politique de confidentialité du nouveau bracelet tient sur une page A4 et se résume même en une seule phrase :  les données sont stockées localement sur le module et ne sont accessibles que via ce module. Montblanc est la seule à offrir une telle confidentialité, son module et son application ayant été développés en interne par une petite équipe de 10 personnes.

A l’opposé, lorsque vous utilisez Jawbone ou ses applications, vous transmettez toutes vos données  aux serveurs de la société – de la géolocalisation aux temps de sommeil, en passant par les calories brûlées quotidiennement. Les 7 pages de la politique de confidentialité d’Apple ne sont rien comparées aux 28 pages qu’il faut lire pour installer iOS8. Et là aussi, le fait de synchroniser votre appareil envoie des informations dans la nature. Plus précisément, vous autorisez Apple à utiliser vos données personnelles pour « créer, développer, opérer, livrer et améliorer ses produits, services, contenus et communication ». Dans le doute, choisissez l'option "opt-out".