Malgré toutes ses évolutions récentes, le tourbillon reste une complication centrale de l’horlogerie contemporaine. Presque abordable ou intouchable, symboliquement précis ou réel outil de chronométrie, il sert à la fois sa vocation initiale d’améliorer la précision des montres qu’il équipe et celle, plus récente, de prouver la valeur des marques qui en produisent.

Plusieurs modèles en ont fait baisser les tarifs dans des proportions qui n’ont pas fini de plonger. Dernier épisode en date dans cette sous-enchère des prix, TAG Heuer prépare un chronographe doté d’un tourbillon qui est annoncé à 15 000 francs suisses, soit près de la moitié de l’actuel premier prix.

Mais le tarif n’est pas le seul paramètre qui définit une montre à tourbillon. Il en est l’élément central, autour duquel le mouvement, le design, et même le nom de la pièce s’articulent. Dans ces circonstances, il devient un univers en soi, où de nombreuses variantes et interprétations cohabitent. Baselworld 2015 a accueilli une fois encore  une série de nouveautés qui illustrent cette diversité.

Chez Hysek, il est en plein centre. Dans une configuration assez rare (on en compte à peine plus de cinq de ce type), la Io Jumping Hours Tourbillon exhibe sa cage volante au milieu de la pièce, entourée d’un disque traînant des minutes et d’un autre, sautant, pour les heures.

Hysek Io Jumping Hours Tourbillon

Hysek Io Jumping Hours Tourbillon. © David Chokron/Worldtempus

Chez Bulgari, il est presque invisible, noyé qu’il est dans la transparence qui domine le cadran de la Tourbillon Saphir Ultranero. Au-delà de sa face, cette pièce s’impose encore plus par son boîtier incroyable, fait de piliers, excroissances et vis visibles ultra puissantes. Ce d’autant plus que Bulgari en a fait un objet nocturne super chargé en Luminova.

Bulgari Tourbillon Saphir Ultranero

Bulgari Tourbillon Saphir Ultranero. © David Chokron/Worldtempus

Girard-Perregaux présentait une version full black de sa Néo-Tourbillon sous Trois Ponts. Avec un boîtier en titane DLC noir, des ponts noirs mats enjambant un colossal réhaut incliné lui aussi noir mat et des aiguilles et un barillet or, le tourbillon se fait discret, prétexte d’un ensemble architectural expressif.

Girard Perregaux Néo-Tourbillon sous Trois Ponts

Girard Perregaux Néo-Tourbillon sous Trois Ponts. © David Chokron/Worldtempus

A l’inverse, Chopard joue la carte d’un classicisme certain. Sa L.U.C 1963 Tourbillon est de taille modeste - 40 mm - dotée d’un grand cadran en émail grand feu blanc transpercé par un pont de tourbillon. Il est traité de manière assez moderne au regard du reste de cette montre élégante.

Chopard L.U.C 1963 Tourbillon

Chopard L.U.C 1963 Tourbillon. © David Chokron/Worldtempus

Mais les apparences ne sont pas tout. Parfois, la substance les dépasse. Ce n’était pourtant pas chose aisée avec Histoire de Tourbillon 6 d’Harry Winston. Le design de cet objet hors norme met en valeur un tourbillon tri axial à 7 heures, logé sous un dôme de saphir. En plus d’être tridimensionnel dans tous les sens du terme, il possède un colocataire. La partie chronographe de la pièce est régulée par un carrousel. Cette variante du tourbillon sert ici à dédoubler les fonctions, les visages, l’exclusivité de cet objet inclassable et immense.

Harry Winston Histoire de Tourbillon 6

Harry Winston Histoire de Tourbillon 6. © David Chokron/Worldtempus

A l’inverse, De Bethune possède et exploite le tourbillon le plus léger du marché. Avec 0,18 grammes, il bat en prime au rare rythme de 5 Hz. Il est logé dans une DBS Tourbillon qui célèbre les 10 ans de la boîte éponyme, qui fut le premier design véritablement propre à De Bethune. Léger et rapide, iconoclaste, ce modèle exploite une approche ultra technique propre à la marque.

De Bethune DBS Tourbillon

De Bethune DBS Tourbillon. © David Chokron/Worldtempus

La technique horlogère n’est pas toujours dans le mouvement et ses propriétés mécaniques. Elle peut également résider dans les techniques de fabrication. La Diamond MasterGraff Structural Tourbillon Skeleton de Graff possède une architecture si fine, faite de ponts montant et descendant à l’intérieur d’un grand volume vide, que leur sertissage est un enjeu à part. Le métal dont est fait ce mouvement a donc été serti de diamants baguette puis seulement usiné pour devenir un composant horloger. Faire l’inverse aurait détruit la résille métallique, écrasée par la force nécessaire au sertissage des pierres. Décidemment, les apparences sont trompeuses : cette pièce a l’air si légère, et pourtant son existence est permise par une force qui la met en danger.

Graff Diamond MasterGraff Structural Tourbillon Skeleton

Graff Diamond MasterGraff Structural Tourbillon Skeleton. © David Chokron/Worldtempus