Quiconque a arpenté les allées de Baselworld a détecté des tendances, plus ou moins récurrentes. Il y en a une, toutefois, qui fait l’unanimité : le squelette. Pourquoi ? Parce que cette pratique qui consiste à dévoiler tout ou partie de son mouvement par le cadran permet d’exposer ses finitions, la complexité de son calibre, de jouer sur les volumes et reflets, bref, en un mot : de valoriser son savoir-faire.

Du bon emploi des bons mots
Pourtant, beaucoup font une confusion, parfois volontaire, entre une pièce squelettée et une pièce ajourée. La première doit dévoiler un mouvement qui a été spécifiquement retravaillé dans la perspective d’être traversé de lumière, allégé de toutes parts, réduit à sa plus nécessaire expression.

Une pièce ajourée, elle, se dispense de tout ou partie de son cadran mais, fondamentalement, le mouvement rendu visible est le même qu’une pièce à cadran plein. En somme, ajourer une pièce est une technique, squeletter un mouvement est un art.

 

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La Kilada Tourbillon, sous ses airs de simple pièce ajourée, reprend certains codes d’un véritable squelettage. © Hysek


Hysek est l’une des rares manufactures à jouer sur les deux tableaux. La Kilada Tourbillon, par exemple, ne comporte qu’une moitié de cadran colorée, l’autre étant translucide et laissant apparaître une partie du mouvement. Il pourrait donc s’agir d’une simple pièce ajourée mais un regard plus attentif révèle que certaines pièces ont été retravaillées dans l’optique d’être exposées à la vue. Ainsi, le pont de tourbillon offre très nettement quatre découpes rondes qui permettent de mieux dégager la vue sur le spiral.
 

Au cœur de la bête
En parallèle, la marque a également présenté de véritables modèles squelette. La particularité de ces modèles n’est pas simplement le travaillé sur le retrait de matière de chaque composant. Le squelettage est aussi, chez Hysek, un révélateur de la personnalité de la manufacture. C’est, en effet, l’une des seules dont les complications, voire le mouvement dans son ensemble, sont positionnés suivant des lignes géométriques bien précises. Par exemple, Hysek agence systématiquement ses cadrans de manière à ce que les emplacements 1, 5, 7 et 11 occupent un rôle majeur dans la construction de la pièce. Si celle-ci offre un cadran fermé, les index correspondants seront les seuls à y avoir droit de cité. Si la pièce est squelettée, on trouvera à ces emplacements les organes clés de la montre.
Exemple ? Avec le modèle Furtif Tourbillon, c’est précisément cet organe réglant qui est à 11h. Et le train de rouage, lui, s’étire de manière très visible jusqu’à 5h.

 

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La Furtif Tourbillon joue le contraste entre une carrure imposante et un squelette dépouillé. © Hysek


Le principe est le même sur la nouvelle Verdict 46 mm. Dans son cas, ce sont les deux tourbillons qui occupent les positions 5h et 7h. On retrouve le même principe sur la IO de 49 mm, dévoilée elle aussi à Bâle : à 11h, le tourbillon, à 7h, le barillet. Le hasard n’a définitivement pas sa place chez Hysek ! Et ce traitement squelette révèle ici la vraie personnalité de la marque.

Squelette vivant
Le squelette selon Hysek est l’occasion de jouer non seulement sur le retrait de matière, mais aussi sur son traitement et sa nature. Sur cette même IO 49 mm, la marque joue entre les finitions (satiné ou brillant), comme sur les revêtements (PVD noir, or, maillechort) et même les décorations (perlage, soleillage ou Rose des Vents -  une finition particulièrement rare qu’Hysek est l’une des seules à employer). Sur ce modèle, le barillet et son pont associé jouissent, à eux seuls, de ces trois décorations.

 

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La IO 49 mm, dévoilée à Bâle, une pièce dont le squelettage est un modèle de richesse. © Hysek


L’exercice est certes décoratif et montre les capacités de finition d’une manufacture comme Hysek, mais pas seulement. Au porter, ces différentes variations esthétiques captent et renvoient la lumière chacune à leur propre manière. En somme, plus le squelettage est abouti, travaillé, plus la pièce est riche en relief, en profondeur, en lumière, en un mot : en vie. C’est tout l’art et le paradoxe de ce noble métier qu’est le squelettage : il n’y a pas plus vivant qu’un squelette !