Le lancement de Blancpain
Avec Jacques Piguet, après avoir acheté Blancpain, il nous restait peu d’argent. Donc quand on allait visiter les clients, on dormait dans un camping-car et non à l’hôtel, on allait se raser et se doucher dans les gares, on mettait un jeton et on avait droit à trois minutes d’eau. Il fallait faire vite !

La première exposition de Blancpain à Baselworld
Lors de cette foire de Bâle, (...) on décide de ne RIEN montrer ! C’était bien évidemment très provocateur. (...) Nous créons un tollé : la direction générale de la foire comprend bien que si tout le monde fait la même chose il n’y aura que des vitrines sans montres! Donc nous nous engageons sur l’honneur à ne pas répéter cet exercice, faute de quoi nous n’aurions plus de stand. Et l’année suivante, nous ne présentons qu’UNE seule montre !

Renoir au Japon
L’industrie japonaise est fondée en grande partie sur la technologie et l’horlogerie a elle aussi suivi cette voie technologique. Or quand vous fabriquez de la technologie, vous fabriquez de l’obsolescence. La technologie est appelée à être dépassée puisque tous les ans des inventions apparaissent. Au contraire de la technologie, l’art ne devient jamais obsolète. Un tableau de Matisse ou de Renoir peut ne pas plaire à la nouvelle génération mais il ne peut pas être obsolète.

Jean-Claude Biver "L'homme qui a sauvé la montre mécanique". © Ed. Eyrolles, DR

Nicolas Hayek
Bien que le plus âgé du groupe, il était souvent le plus créatif, le plus provocateur. Il avait cette qualité invraisemblable d’être à la fois un maître de l’industrie, du commerce, du marketing, du négoce et de la finance! Il était doué de beaucoup d’intelligence et de finesse. Il vous précédait toujours de trois pas. C’était un très grand visionnaire. Bref, un homme exceptionnel.

La première montre à un million
La montre à 1 million de dollars est née d’un dessin et d’un coup de fil dans ma voiture. Un de mes amis sertisseurs me propose de fabriquer une montre qui sera une première mondiale car entièrement réalisée en serti invisible. (...) Je lui donne mon accord et je téléphone immédiatement à Tina Zegg, notre cliente de Monaco, à qui j’explique: « Je vais fabriquer une montre unique, une première mondiale, une montre à 1 million de dollars, je vous la vends.» Elle me répond: «C’est un prix important; laissez-moi un quart d’heure et je vous rappelle.» Un quart d’heure après, elle me rappelle: elle achète la montre. En un quart d’heure, j’avais commandé la montre et je l’avais vendue. Tout cela au téléphone. Sans aucun papier. C’est la façon ancienne de travailler chez les horlogers, chez les diamantaires, comme chez les banquiers : un ordre oral est un ordre écrit. C’est beau quand la parole permet de faire des affaires, sans soixante pages de contrat.

Jean-Claude Biver © Ed. Eyrolles, DR

Le management à la Biver
J’organisais tous les trimestres avec mes plus proches collaborateurs ce que j’appelais la «réunion des erreurs»! Chacun d’entre eux devait expliquer une ou deux erreurs qu’il avait commises. Comme reconnaître spontanément ses erreurs est difficile, au début, pour «amorcer la pompe», je donnais 1000 euros par erreur ! Nous sommes cinq ; à raison de deux erreurs recensées par chacun chaque trimestre, on identifie quarante erreurs par an. Quarante erreurs que vous ne commettrez plus!