Lors de sa toute première apparition durant un dîner réservé à la presse spécialisée en 2004 en ouverture de Baselworld, la V4 avait laissé les journalistes sans voix. TAG Heuer n’était alors pas réputé avant tout pour ses innovations en matière de mouvement, et donc la première montre mécanique du monde animée par un système de courroies surprenait doublement dans les mains de Jean-Christophe Babin (le CEO de l’époque) et de son directeur marketing Stéphane Linder (devenu depuis CEO). « Nous devons encore fiabiliser le produit » nous avaient-ils prévenus, « mais nous y parviendrons ».

 

"Nous y parviendrons"

Durant les trois éditions suivantes du salon mondial de l’horlogerie, alors que le savoir-faire en matière de haute horlogerie de TAG Heuer prenait de plus en plus de consistance, ces mêmes journalistes revenaient à la charge en prenant des nouvelles du V4. « Nous y consacrerons l’énergie et les moyens qu’il faut, mais nous y parviendrons », répondait en cœur le tandem.

 

150 ans et toutes ses dents (crantées)
C’est pour le 150e anniversaire de TAG Heuer en 2010 que cette opiniâtreté fut récompensée. Cinq années d’acharnement s’étaient finalement avérées nécessaires pour que le fameux prototype V4 devienne un modèle suffisamment fiable pour être commercialisé en fanfare. La bonne fée Lewis Hamilton se pencha sur le berceau de la première série limitée de 150 pièces lors de la soirée de lancement à Paris, appréciant particulièrement ses ponts forgés en V, inclinés à 15°, comme les cylindres de bolides qui ont inspiré son nom. Deux brevets soulignent le concentré d’innovation de la montre événement : l’un pour la transmission réalisée par un système de cinq micro-courroies crantées à haut rendement dont la tension est contrôlée par deux tendeurs, l’autre pour la masse linéaire, un lingot en tungstène de 12 g monté sur les plus petits roulements à billes au monde.

 

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La première Monaco V4, une édition limitée à 150 pièces. © TAG Heuer

 

Dans sa toute première interview accordée après sa nomination l’an passé en tant que CEO de TAG Heuer, Stéphane Linder déclarait : « Je reste très fier de la Monaco V4, car elle a symboliquement marqué le démarrage de l’innovation haute horlogerie chez TAG Heuer. A l’époque il a fallu tout créer car nous ne disposions pas des ressources de développement actuelles. Le concept est né en 2002, nous avons présenté le produit en 2004, puis il a fallu quatre ans pour le fiabiliser en créant des équipes de toutes pièces, notamment des talents extérieurs à l’horlogerie tels que Guy Semon, aujourd’hui à la tête de 40 personnes aux R&D. Cet aboutissement nous a mis le pied à l’étrier pour accomplir d’autres exploits en haute horlogerie. »

 

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La V4, en or rose, ruthenium et céramique, lancée en 2010, et la variante en titane, ruthenium et céramique, de 2011. © TAG

 

Une nouvelle complication
En 2004 TAG Heuer ne possédait en effet qu’un site fabriquant des boîtiers. Les efforts consentis pour produire la Monaco V4 ont donné le coup d’envoi de l’industrialisation de la marque. Après avoir intégré un atelier de production de ponts et de platines pour les mouvements mécaniques en 2009, TAG Heuer a créé en 2010 deux ateliers d’assemblage au sein de son site principal de La Chaux-de-Fonds (dédiés à la haute horlogerie et au Calibre 1887), puis acquis en 2011 la manufacture des cadrans haut de gamme ArteCad. La quatrième unité de production de TAG Heuer a été inaugurée le 5 novembre 2013 à Chevenez. Les 10 millions de francs  injectés portent à 40 millions les investissements consentis pour rester maître de son destin en matière d’approvisionnement de composants. Aujourd’hui plus de 1000 personnes sont employées à la production.

Que découvriront les visiteurs de Baselworld à propos de la nouvelle Monaco V4 ? Notamment une nouvelle complication.