Lorsque Cartier a présenté sa Rotonde Grande Complication Squelette, le discours avait de quoi surprendre. Après des années de lancements de montres originales, inventives, rupturistes, Cartier annonçait sa première montre à grande complication au sens classique du terme. Sa directrice de la création mouvements, Carole Forestier-Kasapi, avouait immédiatement que le calibre 9406MC était « le mouvement le plus complexe jamais développé par la manufacture et de loin ». Comment ? Après des pièces aussi folles que le Double Tourbillon Mystérieux, l’Astrorégulateur ou l’Astrocalendaire, une « simple » montre dotée d’un tourbillon volant, d’un quantième perpétuel et d’une répétition minutes serait un challenge ? La chose semble toujours aussi étonnante et pourtant, la Rotonde de Cartier Grande Complication Squelette n’est pas une grande complication comme les autres.

Précisons avant tout que cette pièce est la première du genre à sortir intégralement des cerveaux et ateliers de Cartier. Si la marque a présenté des tourbillons à quantième perpétuel et chronographe auparavant, il s’agissait de mouvements produits par des motoristes. Ils n’étaient donc pas tout à fait exclusifs. 2015 est donc l’année où, pour la première fois, la Haute Horlogerie Cartier a présenté un mouvement à la fois exceptionnel et de type classique. Mais qui dit classique ne veut pas dire simple, bien au contraire.

Cartier Rotonde de Cartier Grande Complication Squelette

De face, la Rotonde Grande Complication Squelette montre son tourbillon volant, son calendrier perpétuel et sa répétition minutes. Mais Cartier a caché son micro-rotor. © Cartier

Contrairement à d’autres modèles du même acabit, la Rotonde Grande Complication Squelette est un développement nouveau et possède un mouvement intégré. Il ne s’agit pas de l’empilement de plusieurs modules de complication mais d’un système d’un seul tenant. Certes, la cage de tourbillon volant est celle que la marque utilise habituellement. Certains éléments de sa répétition minutes sont préexistants. La partie quantième perpétuel, elle, est totalement nouvelle. Et leur fonctionnement en tant qu’ensemble, leur agencement, sont nouveaux. Et c’est précisément le degré d’interactions entre des complications aussi exigeantes qu’une répétition minutes et un quantième perpétuel qui crée un challenge.

Mais Cartier n’est pas la première marque à lancer un tel mouvement. Alors qu’a-t-il de si spécial ? Tout d’abord, il est à remontage automatique et il s’agit là d’une véritable rareté. Les grandes complications gagnent de la place en se contentant d’un remontage manuel. Ici, l’automatique est d’autant plus sophistiqué qu’il est assuré par un micro-rotor. Logé dans la hauteur du mouvement, ce petit demi-palet en platine assure à lui seul la force nécessaire aux 578 composants du calibre 9406MC. Il possède cependant une forme rare : il est coupé en son centre et semble fait de deux semi-masses. L’une est visible côté fond, l’autre se distingue à travers le cadran ouvert. Il ne s’agit que d’une seule et même entité, qui laisse passer des rouages en son milieu pour gagner de la place.

Cartier Rotonde de Cartier Grande Complication Squelette

Le calibre 9406MC de la Cartier Rotonde Grande Complication Squelette, ici l’un des prototypes. © David Chokron/Worldtempus

Cette option a été retenue pour satisfaire au second objectif fondamental qui fut fixé au bureau technique Cartier dès l’origine du projet : la Rotonde Grande Complication Squelette doit être portable. La plupart des grandes complications sont des monstres de volume, de très grand diamètre et surtout d’épaisseur franchement déraisonnable. Le calibre 9406MC ne mesure que 6,72 mm d’épaisseur, c'est-à-dire moins que la moyenne des chronographes les plus élémentaires et autant que de nombreux automatiques à trois aiguilles. La montre entière se contente de 45 mm de diamètre, un standard pour la haute horlogerie, et seulement 12,57 mm d’épaisseur, ce qui est un record du genre.

La Rotonde Grande Complication Squelette possède encore deux particularités. La première est visible et son nom l’indique bien. Ses composants sont squelettés, à l’exception de sa platine, trop occupée à tenir des centaines de composants pour se permettre le moindre vide. A force de pièces et de complications, on ne peut pas vraiment parler de transparence. Second aspect, Cartier a initié un programme de recherche sur la qualité acoustique de ses répétitions minutes particulièrement poussé, dont cette pièce est la première à bénéficier. Elle ne sera pas la dernière.

Cartier Rotonde de Cartier Grande Complication Squelette

La Rotonde de Cartier Grande Complication Squelette au poignet : 45 mm de diamètre de platine 950 pour seulement 12,59 mm d’épaisseur. © David Chokron/Worldtempus