Issu du jargon technique, l’anglage désigne le travail d’adoucissement effectué sur les arêtes des composants horlogers. Il a pour résultat de mettre de la lumière sur les tranches des ponts, des vis, des platines, des ressorts et des cames d’un mouvement. Soulignées par un filet de lumière changeante, ces pièces se détachent, gagnent en noblesse et en volume.

Le terme anglage est paré d’une légère ambigüité. Il désigne d’une part le chanfreinage de la pièce. Il consiste à redécouper un angle plus doux et net le long des contours des composants. Au lieu de 90 degrés avec des accidents de coupe, on se retrouve avec une surface lisse, à 45 degrés. Mais il désigne également le polissage de cette surface, qui consiste à lui donner de la brillance.

Comme pour la plupart des finitions horlogères relevant de la haute horlogerie, l’anglage est né d’une nécessité technique. A la sortie d’usinage, les bords des composants sont tranchants et irréguliers. Or l’assemblage est toujours un processus manuel. Pour éviter que les horlogers et autres intervenants ne se coupent les doigts, on adoucit les angles, on les arase, on les neutralise.

DeBethune - anglage

Quand l’anglage est aussi lisse et brillant que le polissage de surface, on ne les distingue plus, une réussite exceptionnelle signée De Bethune. © David Chokron/Worldtempus

Poussé par la tendance profonde du squelettage et les progrès de précision des machines-outils qui fabriquent les composants horlogers, l’anglage au sens rabotage est désormais majoritairement effectué par des machines. Il économise du temps à un opérateur manuel et améliore la finition de composants milieu de gamme, qui n’auraient pas connu de travail de polissage de haute tenue de toute manière.

L’anglage au sens de polissage vit paradoxalement des jours fastes. On pourrait croire que la machine les a galvaudés, mais la demande pour des mouvements décorés selon les plus hauts standards ne cesse de progresser. Il existe ici une distinction d’importance. Le polissage des angles à la machine est très rudimentaire. Pour obtenir des résultats clairement visibles et qualitatifs, les marques ont donc recours à un anglage à la main. Et par anglage main, on entend que l’outil de polissage est guidé par la main. Ce peut être un tour électrique muni d’une tête de polissage, ou un cabron recouvert de papier émeri, voire d’une tige de bois taillée à la main. Parfois, les deux types d’outil se succèdent, le premier pour dégrossir, le second pour gagner en brillance.

Vacheron Constantin Anglage

Chez Vacheron Constantin, on angle les ponts de tourbillon à la main, à cause de leur forme très complexe de Croix de Malte. © David Chokron/Worldtempus

Une nouvelle fois, il existe des degrés de qualité. Ils sont visibles pour ceux qui savent regarder. Entre un beau polissage et un polissage miroir, il y a une différence de luminosité qui saute aux yeux. Entre un poli plat et un poli bombé, bien plus difficile à réaliser, on voit lequel a nécessité le plus de temps. Reste le sujet tant discuté des angles.

Les points où le contour des composants s'infléchit sont névralgiques. On les appelle saillants s’ils forment une pointe, ou rentrants s’ils forment un creux. Ils sont traditionnellement un terrain de jeu pour les angleurs car ils rythment les surfaces. Il est possible de réaliser des angles entrants à la machine, mais ils manquent de lumière, d’une certaine irrégularité. Celle-ci consiste à monter haut sur la pièce, à tracer un V profond et tridimensionnel à la surface pour mieux souligner la géométrie d’une bordure. Là encore, la différence est visible, là encore, on sépare le bon grain de l’ivraie, et le bon du très bon grain.

Roger Dubuis Anglage

La pointe de cette trotteuse Roger Dubuis est le parfait exemple d’un angle saillant. © David Chokron/Worldtempus