La Côte de Genève est la plus connue de toutes les décorations qui ornent les mouvements horlogers. Peut-être est-ce à cause de son nom, si frappant et étrange au premier abord, ou de sa forte présence sur les mouvements. Toujours est-il que ce motif tracé sur les surfaces planes des calibres mécaniques (ou quartz d’ailleurs) fait partie du paysage. Au point qu’on en oublie que les finitions ne sont pas qu’une question d’esthétique.

Concrètement, la Côte de Genève est une rayure. Contrôlée, soignée, systématique, mais une rayure tout de même. Au sortir de l’usinage, le laiton dont sont faits les mouvements est imparfait et rayé. Après avoir été poli ou sablé plus ou moins finement, le métal subit un traitement galvanoplastique (un placage d’or ou de rhodium) qui lui confère sa couleur grise. Le composant mis en couleur passe sous un tour rotatif et translatif. Une tête d’outil, en bois ou en papier émeri, tourne sur elle-même et le long de rails. Légèrement penchée, elle dessine la bande dans le sens de la longueur et en même temps, y trace un motif finement brossé en forme d’arcs de cercle. Ces minuscules griffures accrochent la lumière et masquent les dernières traces d’usinage. La Côte de Genève existe également en version circulaire. L’outil est alors placé sur un chariot rotatif et non plus translatif.

Roger Dubuis - Côtes de Genève

Avec une lumière rasante, les finitions de ce tourbillon Roger Dubuis prennent tout leur sens. © David Chokron/Worldtempus

Au début du 20e siècle, la Côte de Genève a pris son envol. Et si elle est apparemment née à Genève, elle a vite fait le tour des vallées horlogères. Sa vocation est triple. La première est de faire simple : faire glisser un composant le long d’un axe est ce qu’il y a de plus facile à faire et de plus élémentaire à automatiser. La seconde est de faire beau. Son omniprésence pourrait nous le faire oublier mais l’évidence est là, avec une exécution soignée et un éclairage favorable, les Côtes de Genève sont séduisantes. Ce d’autant plus qu’elles se montrent volontiers : la tradition horlogère suisse en a fait une décoration dévolue aux ponts, situés côté fond, c'est-à-dire côté poignet. Depuis que les fonds saphir se sont généralisés, ils sont passés au premier plan...de l’esthétique mécanique.

Bulgari - Côtes de Genève

Le processus qui crée les Côtes de Genève est relativement simple et automatisable, ici dans les ateliers Bulgari. © David Chokron/Worldtempus

Mais comme souvent en horlogerie, l’esthétique n’est pas gratuite. Si l’horlogerie genevoise a longtemps été connue pour son raffinement et ses ornements, sa Côte a aussi une troisième fonction. En l’occurrence, les rayures dont elle est faite crée une surface rugueuse qui accroche la poussière. Au temps des montres de poche aux fonds ouverts, ce piège à particules était un cautère sur une jambe de bois. Mais à mesure que les boîtes se sont refermées et sont devenues de plus en plus étanches, la Côte de Genève a pris une autre importance. Lors des phases de proto-industrialisation des vallées horlogères, la chasse à la poussière n’était tout simplement pas possible. La Côte de Genève était une réponse, partielle, à ce problème. Cette finition permet de capter les microparticules présentes dans les ateliers et les empêche de se déposer dans les huiles, dans les pierres, dans les pivots des mouvements. A tel point que les horlogers allemands de la région de Saxe s’en servent également, mais sous le nom de Bande de Glashütte.

Glashütte - Original PanoInverse

Décoration typique des platines, les Côtes de Genève occupent le devant de la scène quand on retourne le mouvement comme sur la Glashütte Original PanoInverse. © David Chokron/Worldtempus