Plus il y en a, mieux c’est. Petit cercle tracé à la surface des composants horlogers, le perlage a vocation à tout recouvrir. Pourtant, comme tant d’autres motifs du répertoire des finitions, il a commencé par être utile avant d’être beau. En effet, le perlage macule les surfaces internes des mouvements haut de gamme. Il doit sa présence à la nécessité de capturer les particules de poussières qui circulent dans les mouvements. En se logeant dans les minuscules rayures qui composent le perlage, elles épargnent les autres zones du calibre qui y sont sensibles. L’esthétique a depuis longtemps dépassé cette vocation utilitaire et l’apparence des mouvements y a gagné.

 

Greubel-Forsey-perlage

Des ronds parfaitement exécutés, qui recouvrent bien les surfaces qui leur sont dévolues, Greubel Forsey sait s’appliquer : notez les trous destinés aux vis à gauche… © WorldTempus / David Chokron

Contrairement aux Côtes de Genève, visibles côté fond, le perlage est plus discret car il occupe deux zones peu visibles. La première est le côté cadran des mouvements. Or précisément, le cadran dissimule cette face. La seconde zone est le fond des platines. Châssis du mouvement, cette plaque percée et usinée accueille le reste des composants que sont les roues, les leviers, les cames et autres. Puis le mouvement est refermé par les ponts. Sous cet amas de pièces, le perlage ne se voit guère non plus.

Et pourtant, il n’échappe pas aux yeux des connaisseurs. Car de toutes les finitions horlogères, il est probablement celle dont il est le plus facile d’identifier la qualité. Et pour une fois, elle est synonyme de quantité. Ainsi, on fait la différence entre un produit moyennement et excellemment terminé en comptant les petits ronds présents sur un mouvement. Dans le premier cas, seuls ceux qui finiront par être visibles sont tracés. On les aperçoit entre les ponts, de biais sur les photos. Mais sous les grosses pièces, au fin fond des creusures, de perlage, il n’y en a point. Personne ne va y regarder alors à quoi bon passer du temps à faire des ronds dans l’eau ? La haute horlogerie fonctionne différemment. Elle consiste à ennoblir tout le mouvement, visible ou pas. Le perlage recouvre alors toutes les surfaces possibles. L’excellence consiste à utiliser différents diamètres de cercle et à les superposer.

 

Seiko-perlage

La platine d’une Grande Sonnerie Credor de Seiko : dans les plus petites surfaces, le soin est tel que le perlage est appliqué en spirale. © WorldTempus / David Chokron

En effet, le perlage consiste à dessiner des petits cercles à l’aide d’un outil en bois (du buis) qui tourne sur lui-même. Rayure savante, elle dessine un motif qui se multiplie. Les cercles se chevauchent pour densifier leur présence, créant ainsi plus de prise à la lumière et augmentant l’effet décoratif. Mais cet outil a un rayon donné. Pour aller dans les recoins, dans les petits espaces de la platine, on utilise un second outil au diamètre plus fin. Voire même, dans de rares cas plus haut de gamme, un troisième encore plus petit pour ne laisser aucun millimètre carré de surface métallique nue, non traitée, non décorée, non embellie. Enfin, cerise bien ronde sur le gâteau, au lieu d’aligner les cercles sur une même ligne, le comble du raffinement consiste à les disposer en spirale. Mais là, on touche au sublime.

 

Zenith-perlage

Le côté cadran d’un mouvement à tourbillon Zenith. Cette surface traitée ne sera jamais visible, à part par un horloger. © WorldTempus / David Chokron