Brillante naissance
Dès son apparition, la luminescence horlogère a ouvert une nouvelle voie : celle de l’association entre chimie et horlogerie, devenue monnaie courante.

Pourtant, cette association ne fut pas toujours heureuse : les premières matières luminescentes du XIXe siècle, utilisées à l’air libre, étaient radioactives. Le radium fut le premier élément utilisé. Il fut remplacé par le tritium, moins nocif, mais radioactif malgré tout. Au début des années 90, il fut à son tour mis hors course. Et c’est une entreprise japonaise, Nemoto, qui, la première, développa un substitut non radioactif : le Super-LumiNova.

Aujourd’hui, la situation est donc claire, avec seulement deux procédés possibles : celui à base de Super-LumiNova, et celui à base de composés liquides toujours radioactifs mais dorénavant encapsulés. En marge, il existe un pont entre les deux univers : encapsuler du Super-LumiNova. Principal atout : pouvoir en sceller une quantité jusqu’à 10 fois supérieure, donc avec une luminescence associée plus importante. Ce procédé reste toutefois marginal.

Lumineuses idées reçues
Malgré cette limpide situation, certaines idées reçues persistent. La première est que le Super-LumiNova est meilleure que le LumiNova. C’est faux : les deux produits sont différents, de compositions différentes et donc d’applications différentes. Le LumiNova est une substance industrielle de masse, notamment utilisée en signalétique. Le Super-LumiNova est uniquement dédié à l’horlogerie.

Ensuite, l’usage aidant, l’on s’est dit que le Super-LumiNova avait toujours cette couleur bleu-vert qu’on lui connaît. Là aussi, erreur, et double ! Certes le pigment nocturne peut être soit bleu, soit vert, soit, dans de rarissimes cas, rouge. Cette troisième couleur requiert davantage de développements ainsi qu’un environnement physique d’une grande stabilité. Il n’est donc utilisé que de manière anecdotique en horlogerie. Mais dans la famille des pigments diurnes, toutes les couleurs sont possibles. Et en croisant les deux univers, l’on peut donc avoir un index qui, de jour, sera de n’importe quelle couleur, mais ne « brillera » la nuit que de vert ou de bleu, au mieux de vert-bleu.

 

Jeanrichard_aeroscope

Les Aeroscope Jeanrichard équipées de Billight. © Jeanrichard


Troisième idée reçue : le Super-LumiNova serait un produit générique, largement partagé. Vrai...et faux. Car le brevet de 1994 protégeant la conception de la matière, d’une durée de 20 ans, est donc tombé cette année. Mais une joint-venture entre Nemoto et son partenaire Tritec l’avait anticipé : d’autres brevets ont été déposés entre temps. Au final, il est aujourd’hui quasiment impossible de reproduire du Super-LumiNova sans tomber sous le coup de ces nouveaux brevets.
Simple protection juridique ? Pas seulement, car la matière élaboré en 1994 a beaucoup évolué. Elle n’a aujourd’hui plus beaucoup de points communs avec celle de 2014. Ce sont donc de lourds investissements en R&D que la joint-venture a protégé. Parmi les résultats obtenus au fil des années, une intensité lumineuse en 2014 à peu près deux fois plus supérieure à celle d’origine.
Ce potentiel a notamment été exploité par Jeanrichard, laquelle a confié l’exécution de ses travaux à un intermédiaire, Billight. Cette dernière s’est également illustrée pour avoir effectué la luminescence de certaines pièces d’IWC, Speake-Marin (Spirit), Chanel (J12), Zenith (Pilot) ou encore F.P. Journe (L’Elégante).

 

Speake-marin_black-spirit

La Spirit MKII DLC, qui joue le contraste entre finition noire d’un côté, index et aiguilles luminescentes de l’autre. © Speake-Marin


Chemins de traverse
En marge du Super-LumiNova il y a MB-Microtec, l’empereur du scellé ou, pour les intimes, GTLS ("gaseous tritium light sources"). C’est le second procédé de luminescence actuellement exploité.
La force de cette entreprise est de pouvoir encapsuler des éléments luminescents radioactifs de manière hermétique. Parmi ses clients, Ball Watch, bien connue pour son système de luminescence. Luminox repose également sur le même procédé fourni par MB-Microtec.
 

ball-watch_engineer-hydrocarbon-airborne

L’Engineer Hydrocarbon Airborne de Ball Watch, au tritium encapsulé. © Ball Watch


Aujourd’hui, la valeur luminescente du tritium encapsulé n’est plus à prouver. Un Super-LumiNova commencera à faiblir au bout de 15 à 20 minutes, une capsule de tritium au bout de 15 à 20 ans. Sans compter que cette dernière est luminescente en permanence : elle n’a nul besoin d’être exposée auprès d’une source de lumière pour briller.
Le procédé a toutefois ses limites. Déjà, malgré la solidité de la capsule, plusieurs pays ferment leurs frontières aux radioactives GTLS. Ensuite, ceux-ci sont d’une épaisseur que de nombreuses marques préfèrent éviter. Enfin, les tubes qui encapsulent le précieux tritium sont en verre. Protégés par un verre saphir, ils ne craignent rien. Mais exposée sur une lunette, à l’air libre, le risque de les briser est encore trop grand, ce qui explique que l’on ait encore tant de difficultés à rendre une lunette durablement luminescente. Le tritium encapsulé n’a donc pas droit de cité sur la lunette. Pour le moment en tout cas, car la science n’a pas dit son dernier mot.
 

Montblanc_hommage-to-nicolas

La montre hommage à Nicolas Rieussec, signée Montblanc. © Montblanc