Quel point commun entre une montre ronde et une autre rectangulaire ? Réponse : la symétrie. Que l’on aime la perfection du cercle ou la rigueur maîtrisée d’un tonneau, la symétrie est toujours là. Omniprésente, mais surtout omnipotente : l’écrasante majorité des designers ne conçoit pas ses projets sans un axe de symétrie évident.

De facto, les garde-temps asymétriques sont une caste bien à part en horlogerie. En voie d’extinction ? Presque... En tout cas, l’objet d’une jalouse convoitise de la part de ceux qui aiment à croiser en dehors des sentiers battus.

Les femmes et les diamants d’abord !
Vacheron Constantin est l’une des dernières manufactures attachée à ce type de création. La 1972, à la lignée quasi ininterrompue depuis sa création, possède une forme trapézoïdale peu conventionnelle. La maison la décline aujourd’hui en pas moins de huit modèles. Ses versions féminines jouent avec deux index étirés qui renforcent significativement le déséquilibre de sa boîte – un régal d’instabilité maîtrisée !

Vacheron Constantin - 1972

La 1972 de Vacheron Constantin. © Vacheron Constantin

Les pièces féminines sont d’ailleurs plus sujettes à des interprétations géométriques libérées que leurs consœurs masculines. Il suffit de considérer la Crash de Cartier, archétype de la pièce asymétrique et icône de créativité horlogère. Deux raisons à cette prépondérance féminine : le potentiel offert par l’approche joaillière et l’usage non conventionnel du bracelet comme extension naturelle de la boîte.

Le jeu offert par la Cadenas de Van Cleef & Arpels rompt aussi toute régularité géométrique. La pièce entrelace les courbes sans jamais offrir le moindre axe de symétrie. Elle marie les formes anguleuses et courbées en une création qui prouve qu’il existe une harmonie possible sans symétrie.

Van Cleef & Arpels - Cadenas

Cadenas de Van Cleef & Arpels. © Van Cleef & Arpels

Folie yéyé et lignes brisées
Le point fort de ces pièces est leur capacité à se maintenir en collection, malgré leurs lignes atypiques. Car, lorsque l’on s’essaie à la concept watch, tous les exercices de style sont permis, y compris les plus asymétriques. DeWitt l’a démontré dès 2008 avec sa Concept Watch 1. Cet OVNI de haute horlogerie, doté d’un tourbillon rétractable et d’une boîte simultanément convexe et concave, est toujours sans équivalent...ni la moindre symétrie.

Certains artistes se sont d’ailleurs faits les chantres de l’asymétrie. Leur maître à penser s’appelle Gilbert Albert. Né en 1930, joaillier de formation, il devient en 1957 chef d’atelier chez Patek Philippe... et crée une collection justement nommée « Les Asymétriques ». Ses œuvres sont devenues aussi rares que recherchées des collectionneurs. Elles sont pour nombre d’entre elles frappées du nom du distributeur de la marque (comme Beyer), comme il en était encore l’usage.

Patek Philippe - créations asymétriques

Patek Philippe, très présent dans les créations asymétriques dans les années 60 sous l’impulsion de Gilbert Albert. © DR

Gilbert Albert a créé de nombreux modèles asymétriques, mais il en est un qui retient plus spécifiquement l’attention. Et pour cause : sa forme triangulaire est toujours largement utilisée par Hamilton avec sa Ventura, la « montre du King », Elvis Presley – et ses multiples variantes, comme la Pacer ou la Thor, son inversion verticale. Hamilton fut d’ailleurs l’un des plus grands apôtres de la montre asymétrique, avec des modèles « so sixties » qui font actuellement la joie des nostalgiques des années yéyé.

Hamilton - Thor

La Thor d’Hamilton, dont la forme triangulaire se retrouve dans d’autres modèles de la même géométrie, notamment les Ventura et Pacer. © DR

Durant cette décennie, beaucoup de créations asymétriques ont ainsi vu le jour, inspirant des générations entières de designers, comme Girard-Perregaux avec sa « Casquette », retrouvée chez MB&F, passée par Jaz Derby ou encore Amida. Dans la vague «  vintage revival » qui règne aujourd’hui dans l’industrie, il y a fort à parier que ces pépites asymétriques feront tôt ou tard leur retour.