Signer son œuvre est une pratique courante en art. En plus d’être partie intégrante de la patte de l’artiste, il s’agit également d’un moyen d’authentifier une pièce. Certaines marques horlogères ont adopté cette pratique, dont la démarche dépasse celle du branding. Signer, c’est plus que simplement apposer son nom. On signale la rareté d’une montre, son origine, son authenticité par ces procédés dont la nature est d’être discrets.

Paradoxalement, certaines signatures secrètes ne le sont pas vraiment. Elles sont devenues si connues qu’elles ont fini par perdre leur statut furtif pour devenir une partie intégrante de l’identité d’une marque. Cartier, copié très tôt dans son histoire, avait initialement inventé un stratagème qui lui est devenu indispensable : la barre du 10 ou du 8 en chiffres romains qui ornent la plupart de ses cadrans n’est pas pleine : on y lit le nom Cartier.

 

Cartier signature

Cartier remplace la barre du X par son nom, à peine lisible. © David Chokron/Worldtempus

 

Une signature secrète se retrouve également sur les mouvements même. L’étoile de Vaucher Manufacture ou les initiales ARP d’Audemars Piguet Renaud & Papi se lisent sur les calibres que ces motoristes fournissent à Richard Mille.

 

Richard Mille signature

L’étoile Vaucher sur un calibre Richard Mille. © David Chokron/Worldtempus

 

Un cartouche élaboré qui entoure ses initiales est le sceau de la manufacture L.U.C de Chopard.

 

Chopard signature

Les lettres L.U.C dans leur cartouche, gravé sur un calibre Chopard. © David Chokron/Worldtempus

 

Et qui connait la nouvelle signature qui orne le dos des créations de Bovet ? Les calibres de manufacture Virtuoso II sont entourés d’une maxime dont la marque ne vante pas l’existence : ils sont « Faictes de mains de maistres. Pour servir ponctuels gentilshommes. Ce par quoi attestons longue valeur. »

 

Bovet signature

Bovet ajoute désormais une longue maxime sur le réhaut qui entoure son calibre Virtuoso II. © David Chokron/Worldtempus

 

Plus délicat à repérer, certains cadrans haut de gamme sont signés. Par exemple, chez Breguet, toutes les pièces à cadran guilloché possèdent une gravure de part et d’autre des 6 heures.

 

Breguet signature

Breguet grave son nom sur ses cadrans guillochés. © David Chokron/Worldtempus

 

La marque partage avec Blancpain le recours à une gravure diaphane pour ses cadrans en émail, si peu visible qu’elle est quasi impossible à saisir en photo.

 

Blancpain signature

Très discrètement, Blancpain met ses initiales sur ses cadrans en émail. © David Chokron/Worldtempus

 

Les pièces Métiers d’Art contenant une peinture miniature ou émaillée de Vacheron Constantin portent les initiales AP. Anita Porchet signe ainsi les créations les plus délicates de la maison genevoise, qui reconnait ainsi son talent en lui concédant une place sur la face de ses montres. Pour son modèle Quai de l’Ile, Vacheron Constantin s’était même associé à un fabricant de billets de banque pour créer un filigrane en sous face du verre saphir, arme ultime contre la reproduction illicite.

 

Vacheron Constantin signature

Les cadrans Métiers d’Art Vacheron Constantin sont signés de leur auteur, le plus souvent Anita Porchet. © David Chokron/Worldtempus

 

Tout ce qui se voit peut s’imiter. Chaque détail de design présent sur une montre, son cadran, sa boite, son mouvement, s’il est capturé par une entité malveillante, pourra être reproduit, contrefait. Le seul remède réellement efficace contre la copie, même de haute qualité, est une qualité encore supérieure. Un savoir-faire si précieux, si appliqué que le reproduire détruit la raison d’être de la contrefaçon : son prix modique. C’est donc la bienfacture, combinée à une diffusion la plus large possible de la culture générale horlogère, qui peut préserver les marques, les montres et les clients de la tromperie.