Certains diront que leur minimum n’a jamais été moins de 72h. Un rapide coup d’œil sur leurs collections permet de le vérifier. Le constat n’en reste pas moins juste pour l’immense majorité : la réserve de marche 42 heures est le standard. Le client l’a accepté, certes, mais faute d’alternative. Lorsque la production de mouvements est aux mains de deux ou trois groupes et que tous ont la même autonomie de 42h, cela façonne durablement le marché. C’est le principe de l’oligopole. Pourtant, aujourd’hui, les choses changent.

Lente mutation

Il n’y avait que deux éléments pouvant faire évoluer cette situation : l’éclatement de cet oligopole, ou une modification de la demande. Or ces deux mutations sont en train de se produire, simultanément.

Côté marché, la fin des livraisons ETA est annoncée. D’autres acteurs entrent donc en scène et n’hésitent pas à revoir le cahier des charges des mouvements, à commencer par la réserve de marche. Breitling s’est imposé un minimum de 70h sur ses calibres maison, Oris vise 10 jours, TAG Heuer pointe les 80 heures. Chez Hautlence, on abonde dans le même sens : « nos futurs modèles n’offriront jamais moins de 70h », indique Guillaume Tetu, CEO. Et l’on songe immédiatement aux développements que la jeune Hautlence pourrait faire avec sa cousine H. Moser & Cie, qui caracole à sept jours de réserve de marche. « C’est une convergence à laquelle on peut songer », sourit Guillaume Tetu.

Côté clients, la donne a aussi changé. Plus question de mettre 40 000 francs dans une pièce qui ne tient pas 40 heures ! Le message est passé dans la plupart des segments de marché. Un peu trop, même, parfois, à l’image d’A. Lange & Söhne avec ses 31 jours, ou d’Hublot avec ses 50 jours sur la MP05.

 

Hublot - La Ferrari

Avec ses onze barillets, la Hublot MP05 tient environ 50 jours sans remontage. © Hublot

 

« Attention à séparer ce qui relève du sens commun de la performance pure, de la talking piece », rappelle ici Carole Forestier-Kasapi, Responsable du développement des mouvements haute horlogerie chez Cartier. « Aligner des barillets est toujours possible, mais lorsque l’on créée une pièce pour le quotidien avec un minimum de considérations esthétiques et de bon sens technique, on ne peut pas tout se permettre ». Richard Mille confirme : «L’important, c’est d’être cohérent par rapport au projet. Sur une pièce comme la Nadal, nous visions l’encombrement et le poids minimum, difficilement compatibles avec une réserve de marche maximale. Il faut faire des arbitrages ».

 

Richard Mille -  RM 027

Les choix techniques de poids et d’encombrements ne sont pas toujours compatibles avec la meilleure réserve de marche. La Richard Mille RM 027 de Rafael Nadal s’enorgueillit pourtant de 48h d’autonomie. © DR

 

 Formules magiques

Ces Formule 1 de la réserve de marche sont donc intéressants, mais pas suffisants pour combler une attente bien réelle du marché. C’est là qu’une Blancpain 12 Jours trouve sa pertinence. Les indépendants, moins soumis aux pressions de l’industrialisation, avaient d’ailleurs anticipé ce mouvement. Une Speake-Marin Resilience s’offre 4 à 5 jours de réserve de marche, une Julien Coudray 1518 Manufacture tient 60 heures, une Laurent Ferrier Galet Classic, 80h minimum.

 

Speake-Marin - Resilience

La Resilience de Peter Speake-Marin. © Speake-Marin

 

Certes, pour la plupart, ces jeunes pousses ont eu le loisir (et l’audace) de créer leur calibre ex nihilo. Mais pour atteindre le graal de la réserve de marche, nul besoin de refondre ses moules. Il existe plusieurs moyens d’optimiser son architecture mouvement pour doper son autonomie.

Eterna, par exemple, a placé son barillet sur roulement à billes. C’est le principe du Spherodrive, breveté. Grâce à lui, le mouvement subit moins de perte d’énergie et voit donc sa réserve de marche grimper à 8 jours. 

Breguet a eu une autre approche. La manufacture s’est concentrée sur le ressort du barillet. Le mouvement de la Classique a vu l’arrivée, en 2012, d’un type acier inoxydable à très hautes performances mécaniques. Ce matériau breveté permet de stocker plus d’énergie dans un même volume. Résultat : la réserve de marche de la référence 5277 est considérablement améliorée, passant de 75 à 96 heures.

 

Breguet 5277

La Breguet Classique Réserve De Marche 5277, dotée de 96h d’autonomie. © Breguet