C’est la plus compliquée de toutes les Richard Mille. La RM039 est un monument d’horlogerie et il suffit de la regarder pour s’en rendre compte. Avec ce modèle aux cotes titanesques, la fonctionnalité a été portée au maximum de ce que peut effectuer l’univers de la micromécanique. En effet, le boitier en titane de 50 mm de diamètre pour 19,4 d’épaisseur contient le mouvement le plus sophistiqué que propose Richard Mille. Quelques chiffres pour cerner l’ampleur du phénomène : elle possède huit aiguilles et trois guichets. Et ce n’est pas un quantième perpétuel. Elle fonctionne à l’aide de cinq poussoirs et une couronne…des poussoirs actifs, pas des correcteurs. Et il ne s’agit pas d’une grande sonnerie. En effet, avec plus de 1000 composants, le calibre à remontage manuel RM039 n’est pas doté de 14, ou 22 complications comme on pourrait s’y attendre. Il n’en compte que huit. Alors d’où vient une telle complexité ?

Elle ne provient pas de la fonction UTC (nom correct de ce que l’on nomme encore GMT), ni de sa grande date. L’essentiel de la question réside dans le chronographe. Et ce n’est pas tant le fait qu’il est flyback. Il s’agit surtout de la présence d’un mécanisme rarissime en horlogerie mécanique : un décompteur, ou compte à rebours. On bascule du mode chrono au mode décompte avec le poussoir situé à 9 heures, qui active le guichet à 8 heures sur le cadran. Le poussoir à quatre heures décale l’aiguille des minutes du chronographe, celle terminée par une tête rouge. Puis le décompte est lancé, arrêté et remis à zéro comme le chrono, fonction flyback compris. La RM039 est l’unique montre à posséder un tel fonctionnement et il est largement responsable de la multiplication des composants (et des zéros sur l’étiquette de prix).

Richard Mille - RM039

Huit aiguilles et trois guichets sur fond de mouvement squeletté comprenant plus de 1000 pièces, la RM039 est interdite aux presbytes. © David Chokron/Worldtempus

En plus de ce chronographe hors norme, la RM039 est dotée des propriétés qui font partie intégrante de l’identité de Richard Mille : un tourbillon, un sélecteur de fonction, un degré de finitions manuelles d’une exceptionnelle qualité malgré l’apparence technique du calibre. Surtout, elle présente un degré de squelettage graphique proprement hallucinant. Malgré leur nombre, la totalité des composants a été évidée en son centre au moins une fois afin d’alléger l’ensemble, tant visuellement qu’en termes de poids. La platine est réalisée en titane, avec ce même objectif ainsi que celui de la rigidité indispensable à une construction aussi grande, aussi haute et comptant un tel nombre de percements.

Au service de quelles fonctionnalités une telle machine peut-elle se mettre ? La RM039 porte en réalité un nom complet plus évocateur : Tourbillon Chronographe Flyback RM 039 Aviation E6-B. Elle est dédiée aux pilotes par deux de ses caractéristiques. D’abord, le chronographe flyback a été inventé pour les aviateurs qui utilisent des chronométrages pour effectuer des calculs à la volée. Remettre l’aiguille à zéro sans l’avoir arrêtée au préalable fait gagner les millisecondes qui font la différence entre arriver à bon port et se perdre lorsque l’on voyage aux instruments. Et précisément, la RM039 en possède un imaginé spécialement pour les aviateurs, la règle à calcul E6-B. Aussi connue sous le nom de calculateur de vol, il s’agit d’une version élaborée de la règle à calcul que possèdent nombre de montres de pilotes. Sur sept échelles, dont l’une tachymétrique et deux sur la partie verticale de la lunette, la montre présente une foule de solutions de calcul. Conversions d’unités, multiplication et division, elle permet de déterminer sa vitesse au sol, sa consommation de carburant, sa vitesse ascensionnelle et autres données vitales en cas de panne de l’électronique de bord. Reste un problème inhérent à toutes les règles à calcul : on a beau avoir compris une fois comment elles marchent, il faut s’en servir pour retenir la marche à suivre.

Richard Mille - RM039

Le mouvement RM039, allégé par sa construction en titane, son squelettage intensif et son architecture en pyramide. © David Chokron/Worldtempus

La boîte est elle aussi à la mesure de cette complexité. Intégralement réalisée en titane, elle évite à ce mastodonte de peser plus de 400 grammes, poids qu’elle aurait certainement atteint si elle avait été en acier, sans parler d’or... Ses volumes, ses courbes, son satinage et son anglage sont si complexes qu’elle demande à elle seule une journée entière de contrôle qualité, en plus de centaines d’heures d’usinage. Au final, la RM039 coûte plus d’un million de francs. Heureusement que Richard Mille n’y a pas ajouté son autre complication fétiche, la rattrapante. Le mouvement aurait mesuré 3 mm de plus en hauteur et le tarif aurait encore pris de l’embonpoint. Mais la rattrapante n’est pas un outil de pilote. Elle n’a donc pas sa place ici.

Richard Mille - RM039

De côté, la RM039 révèle ses poussoirs de chronographe et de compte à rebours, les indications latérales de la règle à calcul E6-B…et son épaisseur. © David Chokron/Worldtempus