On s’extasie sur la beauté d’un cadran, la finesse d’une aiguille, la clarté d’un son. Mais jamais, ou presque, sur une boîte. A sa décharge, son appellation la dégrade : « boîte ». Un élément technique, un contenant. On l’appellerait « coffret », « écrin », elle attirerait mieux l’attention. Mais qui s’intéresse à une simple « boîte » ?

Matériaux : rechercher l’inédit, voire l’impossible
C’était en 2013. Roger Dubuis, amateur de coups d’éclat mécaniques, venait frapper là où l’on ne l’attendait pas : la construction d’une boîte superlative pour une montre qui ne l’était pas moins, la Quatuor.
Depuis les années 2000, le silicium était déjà utilisé pour des composants. Roger Dubuis a décidé d’en faire une boîte. C’est Hardex, une société française, qui a été mandatée pour mener à bien ce projet durant huit mois. La boîte de la Quatuor possède encore aujourd’hui en éclat unique, d’un gris profond et intense. Trois exemplaires seront produits, complétés de trois autres pour le S.A.V.

Moins extrême que le silicium, les boîtes en titane se retrouvent notamment chez De Bethune. « C’est un matériau difficile à usiner car il chauffe très vite », indique Denis Flageollet, Directeur de la R&D. « Et comme nous avons choisi de ne travailler qu’avec du titane poli, c’est encore plus long à finaliser ».

 

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Le Quadruple Tourbillon Asymetrique de Greubel Forsey, avec son ouverture latérale de boîte en verre saphir. © Greubel Forsey


Forme : tout montrer...sans percer !
Côté formes, la tentation est de se dire que l’on peut tout faire. Les designers ne s’en privent pas. Mais à l’exécution technique, c’est une autre histoire. « Nous faisons exactement ce qu’il ne faut pas faire ! », sourit Stephen Forsey, de Greubel Forsey. « Pour chaque nouveau modèle que nous créons, nous faisons une nouvelle boîte. Et, si possible, nous aimons percer là où il ne faudrait pas... ».

Derrière la boutade, Stephen Forsey évoque ces ouvertures sur les carrures de ses tourbillons, afin de mieux en apprécier la beauté. Idée louable, mais techniquement très difficile : percer une boîte en affaiblit considérablement la structure et réduit les techniques possibles pour l’usiner. Et comme pour enfoncer le clou, Stephen Forsey d’ajouter : « Nos cornes également sont rapportées, vous ne verrez jamais les autres trous que nous avons dû percer pour y insérer les vis destinées à les fixer ! ».

 

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Exemple de construction d’une boîte traditionnelle sur la Quai de l’Ile de Vacheron Constantin. © Vacheron Constantin


L’intégration du verre et des cornes reste donc l’un des sujets sensibles de la réalisation d’une boîte. « C’est l’une des boîtes les plus complexes du marché, tout en restant portable », avoue à son tour Guillaume Tetu, CEO Hautlence, à propos de la HL2.0. « Forme et finitions exigent une construction unique, des glaces collées taillées dans la masse du saphir, le tout dans un  tonneau vertical avec fond tiroir à 3 heures et doublement galbé ».

 

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L’Invictus, dernière création de Hautlence. © Hautlence


Car, au final, c’est bien l’usinage qui reste le plus problématique dans une boîte. Comme le rappelle Felix Baumgartner, co-fondateur d’Urwerk : « pour une boîte ronde standard, il faut 8h de programmation de CNC, 4h de réglages, 30 mn de réalisation. Pour une UR 103.03, il faut trois semaines de programmation de CNC, une semaine de réglages et sept heures d’usinage par boîte ! ».

Terrifiant ? Probablement. C’est justement ce qui a conduit Christophe Claret à internaliser la construction de ses boîtes. « Il était impensable que nous réalisions des mouvements aussi complexes et bloquions tout, à la fin, parce que personne ne savait faire ce que j’avais demandé ! », précise l’horloger.
Aujourd’hui, la manufacture est donc probablement la plus en pointe sur le sujet. La première à avoir une CNC 16 axes pour l’usinage de ses boîtes. La première à avoir fait une boîte en saphir, tubulaire de surcroît, il y a près de 10 ans. Et bien d’autres encore. Extrémiste, perfectionniste, Christophe Claret ne possède plus, à proprement parler, de limites techniques à la réalisation de ses boîtes.

 

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La X-TREM-1. © Christophe Claret


Boîtes extraterrestres
Denis Flageollet n’est pas en reste avec ses vaisseaux horlogers. La marque est à l’origine des berceaux mobiles, un modèle de construction de boîte bien particulier qui inclut des cornes mobiles qui s’adaptent à tout type de poignet. Cette construction initiée sur la Dream Watch 2 est aujourd’hui brevetée et se retrouve sur de nombreuses pièces de la marque, dont la DB28. On rencontre d’ailleurs un concept assez proche chez Hysek avec ses cornes mobiles.

 

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Ebauche originale des berceaux mobiles pensés pour le DB28 de De Bethune. © De Bethune


Pourtant, question boîte, De Bethune ne s’est pas arrêtée là. « La DB29 est la première montre bracelet à avoir un fond officier avec une charnière totalement invisible. Notre objectif était de garder la ligne de la carrure et d’éviter les dérangements causés par la protubérance de la charnière », conclut Denis Flageollet. Un exemple dont Patek Philippe a d’ailleurs livré sa propre interprétation en 2013 au sein de sa collection Calatrava.

Louis Moinet s’est pour sa part positionnée très tôt sur la construction de boîtes très techniques. La structure de base comporte déjà, à elle seule, plus de 50 pièces, dont un système breveté de protection de la tige de remontoir. La boîte de la Jules Verne s’élève un cran plus loin avec 82 pièces et un système intégré de doubles leviers de chronographes solidaires de la boîte.

 

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La très complexe boîte de la Jules Verne, des Ateliers Louis Moinet, avec ses deux leviers intégrés de chronographes. © Ateliers Louis Moinet


DeWitt, enfin, a imaginé l’incroyable X-Watch, dotée d’un capot articulé sous la forme d'un «X» qui couvre partiellement le cadran de la montre. Il est activé par quatre poussoirs positionnés sur les parties supérieure et inférieure de la boîte. En appuyant sur ces poussoirs, le «X» se sépare en son milieu et révèle ainsi le cadran.

 

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La X-Watch de DeWitt, qui se découvre en s’ouvrant par son milieu via des poussoirs intégrés à la boîte. © DeWitt

 

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Le Tourbillon Furtif de Hysek, et ses cornes pivotantes. © Hysek


La problématique joaillière
L’horlo-joaillerie recèle d’autres types de contraintes. Car ici, peu importe la technique, seule l’esthétique compte. Jaquet Droz a poussé l’exercice à son paroxysme avec sa Lady 8. La pièce s’habille d’un 8 dont la partie inférieure contient la montre et la partie supérieure une pierre. La maison mise à 100% sur la boîte de son garde-temps pour lui assurer le succès promis. La Crash de Cartier est un autre exemple de boîte aux formes totalement uniques.

 

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La Lady 8 de Jaquet Droz, avec sa boîte en forme de 8 dont la partie supérieure renferme une bille mobile de pierre. © Jaquet Droz

 

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La Crash de Cartier, à la boîte totalement déstructurée. © Cartier


DeLaneau, elle, a choisi la complémentarité des métiers d’arts et du design. La forme de ses boîtes est devenue sa signature esthétique. Atame et Dôme en sont les meilleurs exemples, où l’on voit très clairement les cornes des pièces, en forme d’arches, traverser leur boîte, galbée et sertie.

 

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L’Atame de DeLaneau, avec ses arches plongeantes dans la boîte. © DeLaneau