Il y a des jours où l’on a de la chance. Mais une vraie chance ! Celle qui nous fait attraper le bus in extremis sous une pluie battante ou, mieux encore, celle qui empêche le collant de filer alors qu’on l’a accroché à une chaise. Cette chance-là existe ! Pour celles qui en douteraient j’en ai la preuve irréfutable. Alors que je m’énervais sur la collection envahissante de montres de mon mec, une amie m’a confié en soupirant : « T’as de la chance, le mien collectionne les voitures ! Et anciennes, ce qui veut dire qu’elles ne dépassent pas les 40 km à l’heure, en descente, et encore quand elles daignent rouler ». Et là, j’ai beau savoir qu’on ne doit pas se réjouir du malheur des autres, mon horizon s’est éclairci. Parce qu’une collection de voitures, c’est un garage à faire construire à côté de sa maison, qui, du coup, ne ressemble plus vraiment à une villa au style chic et contemporain, ou des places de parking à trouver dans son immeuble, autant dire une mission impossible.

Soudain, les montres de l’homme de ma vie m’ont semblé si petites et si inoffensives. Je leur aurais presque fait un câlin. Enfin, presque j’ai dit, ne nous emballons pas. Mais peu importe, finalement, qu’elles aient – sournoisement, il faut bien le dire – coloniser ma part des tiroirs de la commode et qu’on ait installé un coffre-fort hideux dans le dressing après des discussions orageuses car l’homme aurait, bien sûr, préféré la chambre à coucher pour avoir sa collection tout près de lui. A tel point que je sentais ma place sur l’oreiller menacée ! Peu importe aussi la pile de boîtes vides et inutiles dans lesquelles l’homme refuse obstinément de ranger ses montres pour cause de paresse extrême. Et peu importe encore le monologue à mourir d’ennui qui accompagne tout retour de flamme soudain pour une montre qu’il avait délaissée.

Une zénitude totale s’est soudain emparée de ma personne. Parce que oui, j’ai de la chance, je pourrais partager ma vie avec des voitures et en avoir une dans mon salon parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un concept déco de collectionneur. Je pourrais aussi me retrouver nez à nez avec l’homme transformé en bricolo du dimanche couvert de cambouis et tout fier de lui. Ou alors devoir assister chaque dimanche à des courses et m’extasier ensuite sur ses pseudo exploits ou passer la nuit aux urgences parce qu’il s’est pris pour Hamilton !

J’ai tellement de chance que je vais même lui offrir une nouvelle montre, à l’homme !